The Jesuit Relations and Allied Documents, Vol. 4: Acadia and Quebec, 1616-1629
History
The Jesuit Relations and Allied Documents, Vol. 4: Acadia and Quebec, 1616-1629
Canada -- History -- To 1763 (New France); Indians of North America -- Canada; Jesuits -- Missions; Jesuits -- North America
La tierce est bien signalée, & partant ie la deduiray au long. Comme
nous auons raconté cy-deuant le Sieur de la Mote, Simon l'interprete,
& le Pere Biard estoyent allés visiter le lieu de S. Sauueur, pour
recognoistre s'il seroit bon pour leur demeure. Or reuenants de ceste
visite, & retournants aux Cabannes des Sauuages, ils ouyrent de bien
loin, deux ou trois fois vn grand, & [316 i.e., 318] lamentable
hurlement, & demandans au Sauuage, qui les conduisoit, qu'est-ce
que cela pourroit estre: le Sauuage leur respondit: que quelqu'vn
estoit mort: & que c'en estoit les plaintes, qui fut cause, que nous
ne nous en mismes point en esmoy. Or comme nous estions ja fort à la
portée de la voix, voicy que ce mugissement s'entend de nouueau; &
de fortune vn ieune garçon Sauuage se rencontrant sur le chemin, la
curiosité poussa le P. Biard à luy demander, qui estoit ce mort, que
l'on lamentoit? Le garçon respondit, que ce n'estoit pas vn mort,
ains vn mourant: & adiouste de soy-mesme: court viste, à laduenture
le pourras-tu baptiser auant qu'il meure tout à faict; lors comme si
Dieu l'eust dit de sa bouche, nous nous mismes à courir de tout nostre
possible. Arriués, nous [317 i.e., 319] trouuasmes tous les Sauuages
hors de leurs Cabannes rangés en haye comme des soldarts en vne perte
de ville, au milieu se promenoit vn miserable Pere tenant son enfant,
qui se mouroit entre ses bras. Or quand l'enfant venoit à ietter des
sanglots croyant qu'il vouloit rendre l'Ame, le Pere se prenoit à
hurler pitoyablement, & toute la compagnie le suiuoit de mesme ton;
car telle est leur coustume. Doncques le P. Biard voyant ce spectacle,
s'adressa au desconforté Pere, & luy demanda s'il luy plairoit bien,
qu'il baptisast son fils: le bon homme, qui estoit presque hors de soy,
ne luy respondit rien de parole; mais en effect il luy mit son enfant
entre les bras. Le P. cria que tost lon apportast de l'eau, ce qu'on
fit, & remettant l'enfant entre les mains du Sieur de la Mote (qui de
grand [318 i.e., 320] zele desiroit d'en estre parrain, le baptisa,
l'appellant Nicolas, du nom dudict Sieur. Les Sauuages attendants
quelque grand effect, se presserent pour voir ce qu'en aduiendroit.
Or le P. Biard apres auoir recité quelques oraisons à ce qu'il pleust
a Dieu d'illuminer ces pauures Payens, print le baptisé des mains du
Sieur de la Mote, & le donna à sa mere, qui estoit là, qui comme Mere,
presenta incontinent le tetin a son fils, lequel teta de bon appetit.
Quand les Sauuages virent ainsi cet enfant pendu aux mamelles de sa
mere; si la terre eust fondu dessous leurs pieds, ie ne sçay s'ils
eussent esté plus estonnés. Ils demeuroyent là fixes, & immobiles,
sans sonner mot comme des Engelés. Le Pere leur dit quelques paroles
d'edification, puis leur signifia de se retirer en leurs Cabanes.
Et sçauez [319 i.e., 321] vous, s'il fut obey? Ces bonnes gens le
regardoient lors comme s'il eust esté plus qu'homme, tremblants deuant
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