The Jesuit Relations and Allied Documents, Vol. 6: Quebec, 1633-1634
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The Jesuit Relations and Allied Documents, Vol. 6: Quebec, 1633-1634
Canada -- History -- To 1763 (New France); Indians of North America -- Canada; Jesuits -- Missions; Jesuits -- North America
J'ay icy deux humbles supplications à faire à V. R. Je les fay au
nom de Jésus Christ de toute l'estendue de mon cœur: mon R. P., je
conjure V. R. de me décharger. Je dy quelquefois aux petites croix
qui me viennent: «Et encor celle là, et tant que vous voudrés, ô mon
Dieu.» Mais à celles que le P. Lallemant m'a apporté dans les lettres
de V. R. qui me continuoient en charge je l'ay dy plus de trois fois,
mais avec une rétraction de cœur qui ne pouvoit boire ce calice. En
vérité, mon R. Père, je n'ay pas les talens, ny les qualités, ny la
douceur requise pour estre supérieur; de plus, je le dy et il est vray,
c'est un grand détourbier pour l'estude de la langue; je dy un très
grand détourbier, diray-je mesme que cecy, cette année, nuit au salut
peut-être [139] de quelques sauvages. J'apprend que les Sauvages qui
sont aux Trois-Rivières sont tous malades et meurent en grand nombre.
Le P. Brebeuf mesme qui a passé par là, m'escrit qu'il seroit à propos
que j'y allasse: je suis dans les écritures, je n'ay rien ou peu de
choses prestes, les vaisseaux seront bien tost prests, à faire voile;
je seray surpris de mes lettres et informations, que j'envoie à V. R.
touchant nos besoins; je me dépêche tant que je peux. Si je n'estois
point Superieur, je serois délivré de tout cela; il y a longtemps que
je serois là hault. Je me dispose pour y aller tout à fait jusques au
printemps ou jusques à la venue des vaisseaux. Je n'ay pas l'esprit
capable de tant de choses: le soin de nos gens, tant de sortes de
petits travaux qu'il y a, bref tout s'addresse au Supérieur, et cela
le divertit infiniment, notamment à Kebec, où nous sommes bon nombre
de personnes. Adjoutés les sermons, confessions, visites: je veux
croire que tout cela empescheroit peu le P. Lallemant de l'estude de la
langue; pour moy, je le dy devant Dieu, cela m'en détourne grandement.
Depuis le mois d'avril, auquel je retournay d'avec les sauvages, je
n'ay pas regardé un seul mot de leur langue. Le P. Lallemant, qui
n'est pas si assidu à l'estude, a voulu, au commencement de sa venue,
prendre un petit garde au travail de nos hommes. Enfin il s'en [140]
est défait, me confessant ingénuement, ce qu'il n'avoit pas voulu
croire, qu'il estoit impossible d'estudier avec ce soin. On donne un
temps tout libre à ceux qui estudient dans nos classes; ils ont de
braves maistres; ils ont de bons livres; ils sont logés commodément:
et moy qui suis sans livres, sans maistres, mal logé, pourray-je bien
estudier avec un soin qui m'occupe quasi tout entier bien souvent? V.
R. considerera cecy devant Dieu, s'il luy plaist; je ne veux que sa
plus grande gloire. Il est vray que je me bas contre mon ombre; le
temps parle pour moy: il y a plus de trois ans (ou il y aura à la venue
des vaisseaux) que je suis en charge; le Père Lallemant estant ce qu'il
est, et demeurant à Kebec, contentera infiniement. Je remercie desjà
par avance V. R. de ce qu'elle m'accordera cette requeste. Voicy la
seconde.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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