J'ai fait ce que j'ai pu: j'ai servi, j'ai veillé,
Et j'ai vu bien souvent qu'on riait de ma peine.
Je me suis étonné d'être un objet de haine,
Ayant beaucoup souffert et beaucoup travaillé.
Dans ce bagne terrestre où ne s'ouvre aucune aile,
Sans me plaindre, saignant, et tombant sur les mains,
Morne, épuisé, raillé par les forçats humains,
J'ai porté mon chaînon de la chaîne éternelle.
Maintenant mon regard ne s'ouvre qu'à demi:
Je ne me tourne plus même quand on me nomme;
Je suis plein de stupeur et d'ennui, comme un homme
Qui se lève avant l'aube et qui n'a pas dormi.
Je ne daigne plus même, en ma sombre paresse,
Répondre à l'envieux dont la bouche me nuit.
O Seigneur! ouvrez-moi les portes de la nuit,
Afin que je m'en aille et que je disparaisse!
LE CHANT DE CEUX QUI S'EN VONT SUR MER
(Air breton.)
Adieu, patrie!
L'onde est en furie.
Adieu, patrie,
Azur!
Adieu, maison, treille au fruit mûr,
Adieu, les fleurs d'or du vieux mur!
Adieu, patrie!
Ciel, forêt, prairie,
Adieu, patrie,
Azur!
Adieu, patrie!
L'onde est en furie.
Adieu, patrie,
Azur!
Adieu, fiancée au front pur,
Le ciel est noir, le vent est dur.
Adieu, patrie!
Lise, Anna, Marie!
Adieu, patrie,
Azur!
Adieu, patrie.
L'onde est en furie.
Adieu, patrie,
Azur!
Notre oeil que voile un deuil futur
Va du flot sombre au sort obscur.
Adieu, patrie!
Pour toi mon coeur prie.
Adieu, patrie,
Azur!
LUNA
O France, quoique tu sommeilles,
Nous t'appelons, nous, les proscrits!
Les ténèbres ont des oreilles,
Et les profondeurs ont des cris.
Le despotisme âpre et sans gloire
Sur les peuples découragés
Ferme la grille épaisse et noire
Des erreurs et des préjugés;
Il tient sous clef l'essaim fidèle
Des fermes penseurs, des héros,
Mais l'Idée avec un coup d'aile
Écartera les durs barreaux,
Et, comme en l'an quatre-vingt-onze,
Reprendra son vol souverain;
Car briser la cage de bronze,
C'est facile à l'oiseau d'airain.
L'obscurité couvre le monde,
Mais l'Idée illumine et luit;
De sa clarté blanche elle inonde
Les sombres azurs de la nuit.
Elle est le fanal solitaire,
Le rayon providentiel.
Elle est la lampe de la terre
Qui ne peut s'allumer qu'au ciel.
Elle apaise l'âme qui souffre,
Guide la vie, endort la mort;
Elle montre aux méchants le gouffre,
Elle montre aux justes le port.
En voyant dans la brume obscure
L'Idée, amour des tristes yeux,
Monter calme, sereine et pure,
Sur l'horizon mystérieux,
Les fanatismes et les haines
Rugissent devant chaque seuil
Comme hurlent les chiens obscènes
Quand apparaît la lune en deuil.
Oh! contemplez l'Idée altiére,
Nations! son front surhumain
A, dés à présent, la lumière
Qui vous éclairera demain!
LE CHASSEUR NOIR
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
Reviews
Reviews
No reviews yet
Be the first to share your thoughts on this work.
Elsewhere in the archive
Join the Discussion
Join the discussion
Sign in to leave a comment or review.
Sign InorCreate an account