Tout est derrière lui maintenant; tout a fui;
L'ombre d'un siècle entier devant ses pas s'allonge;
Il semble des yeux suivre on ne sait quel grand songe;
Parfois, il marche et va sans entendre et sans voir.
Vieillir, sombre déclin! l'homme est triste le soir;
Il sent l'accablement de l'oeuvre finissante.
On dirait par instants que son âme s'absente,
Et va savoir là-haut s'il est temps de partir.
Il n'a pas un remords et pas un repentir;
Après quatre vingts ans son âme est toute blanche;
Parfois, à ce soldat qui s'accoude et se penche,
Quelque vieux mur, croulant lui-même, offre un appui;
Grave, il pense, et tous ceux qui sont auprès de lui
L'aiment; il faut aimer pour jeter sa racine
Dans un isolement et dans une ruine;
Et la feuille de lierre a la forme d'un coeur.
III
AÏEUL MATERNEL
Ce vieillard, c'est un chêne adorant une fleur;
A présent un enfant est toute sa famille.
Il la regarde, il rêve; il dit: 'C'est une fille,
Tant mieux!' Étant aïeul du côté maternel.
La vie en ce donjon a le pas solennel;
L'heure passe et revient ramenant l'habitude.
Ignorant le soupçon, la peur, l'inquiétude,
Tous les matins, il boucle à ses flancs refroidis
Son épée, aujourd'hui rouillée, et qui jadis
Avait la pesanteur de la chose publique;
Quand parfois du fourreau, vénérable relique,
Il arrache la lame illustre avec effort,
Calme, il y croit toujours sentir peser le sort.
Tout homme ici-bas porte en sa main une chose,
Où, du bien et du mal, de l'effet, de la cause,
Du genre humain, de Dieu, du gouffre, il sent le poids;
Le juge au front morose a son livre des lois,
Le roi son sceptre d'or, le fossoyeur sa pelle.
Tous les soirs il conduit l'enfant à la chapelle;
L'enfant prie, et regarde avec ses yeux si bèaux,
Gaie, et questionnant l'aïeul sur les tombeaux;
Et Fabrice a dans l'oeil une humide étincelle.
La main qui tremble aidant la marche qui chancelle,
Ils vont sous les portails et le long des piliers
Peuplés de séraphins mêlés aux chevaliers;
Chaque statue, émue à leur pas doux et sombre,
Vibre, et toutes ont l'air de saluer dans l'ombre,
Les héros le vieillard, et les anges l'enfant.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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