Tout un cortège étrange est là; femmes et prêtres;
Prélats parmi les ducs, moines parmi les reîtres;
Les crosses et les croix d'évêques, au milieu
Des piques et des dards, mêlent aux meurtres Dieu,
Les mitres figurant de plus gros fers de lance.
Un tourbillon d'horreur, de nuit, de violence,
Semble emplir tous ces coeurs; que disent-ils entre eux,
Ces hommes? En voyant ces convives affreux,
On doute si l'aspect humain est véritable;
Un sein charmant se dresse au-dessus de la table,
On redoute au-dessous quelque corps tortueux;
C'est un de ces banquets du monde monstrueux
Qui règne et vit depuis les Héliogabales;
Le luth lascif s'accouple aux féroces cymbales;
Le cynique baiser cherche à se prodiguer;
Il semble qu'on pourrait à peine distinguer
De ces hommes les loups, les chiennes de ces femmes;
A travers l'ombre, on voit toutes les soifs infâmes,
Le désir, l'instinct vil, l'ivresse aux cris hagards,
Flamboyer dans l'étoile horrible des regards.
Quelque chose de rouge entre les dalles fume;
Mais, si tiède que soit cette douteuse écume,
Assez de barils sont éventrés et crevés
Pour que ce soit du vin qui court sur les pavés.
Est-ce une vaste noce? est-ce un deuil morne et triste?
On ne sait pas à quel dénoûment on assiste,
Si c'est quelque affreux monde à la terre étranger,
Si l'on voit des vivants ou des larves manger,
Et si ce qui dans l'ombre indistincte surnage
Est la fin d'un festin ou la fin d'un carnage.
Par moments, le tambour, le cistre, le clairon,
Font ces rages de bruit qui rendaient fou Néron.
Ce tumulte rugit, chante, boit, mange, râle,
Sur un trône est assis Ratbert, content et pâle.
C'est, parmi le butin, les chants, les arcs de fleurs,
Dans un antre de rois un Louvre de voleurs.
* * * * *
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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