je n'aurais jamais cru que cela fût possible.
Il faut être le fils de cette infâme Agnès!
Rois! j'avais tort jadis quand je vous épargnais;
Quand, pouvant vous briser au front le diadème,
je vous lâchais, j'étais un scélérat moi-même,
j'étais un meurtrier d'avoir pitié de vous!
Oui, j'aurais dû vous tordre entre mes serres, tous!
Est-ce qu'il est permis d'aller dans les abîmes
Reculer la limite effroyable des crimes
De voler, oui, ce sont des vols, de faire un tas
D'abominations, de maux et d'attentats,
De tuer des enfants et de tuer des femmes,
Sous prétexte qu'on fut, parmi les oriflammes
Et les clairons, sacré devant le monde entier
Par Urbain quatre, pape, et fils d'un savetier?
Que voulez-vous qu'on fasse à de tels misérables?
Avoir mis son doigt noir sur ces yeux adorables!
Ce chef-d'oeuvre du Dieu vivant, l'avoir détruit!
Quelle mamelle d'ombre et d'horreur et de nuit,
Dieu juste, a donc été de ce monstre nourrice?
Un tel homme suffit pour qu'un siècle pourrisse.
Plus de bien ni de mal, plus de droit, plus de lois.
Est-ce que le tonnerre est absent quelquefois?
Est-ce qu'il n'est pas temps que la foudre se prouve,
Cieux profonds, en broyant ce chien, fils de la louve?
Oh! sois maudit, maudit, maudit, et sois maudit,
Ratbert, empereur, roi, césar, escroc, bandit!
O grand vainqueur d'enfants de cinq ans! maudits soient
Les pas que font tes pieds, les jours que tes yeux voient,
Et la gueuse qui t'offre en riant son sein nu,
Et ta mère publique, et ton père inconnu!
Terre et cieux! c'est pourtant bien le moins qu'un doux être
Qui joue à notre porte et sous notre fenêtre,
Qui ne fait rien que rire et courir dans les fleurs,
Et qu'emplir de soleil nos pauvres yeux en pleurs,
Ait le droit de jouir de l'aube qui l'enivre,
Puisque les empereurs laissent les forçats vivre,
Et puisque Dieu, témoin des deuils et des horreurs,
Laisse sous le ciel noir vivre les empereurs!'
XV
LES DEUX TÊTES
Ratbert en ce moment, distrait jusqu'à sourire,
Écoutait Afranus à voix basse lui dire:
--Majesté, le caveau du trésor est trouvé.
L'aïeul pleurait.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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