Selections from Saint-SimonSaint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de
History
Selections from Saint-Simon
Saint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de
France -- History -- Louis XIV, 1643-1715
Là, quelque prévenu qu’il fût, quelque mécontentement qu’il crût avoir
lieu de sentir, il écoutoit avec patience, avec bonté, avec envie de
s’éclaircir et de s’instruire; il n’interrompoit que pour y parvenir.
On y découvroit un esprit d’équité et de desir de connoître la vérité,
et cela quoique en colère quelquefois, et cela jusqu’à la fin de sa
vie. Là, tout se pouvoit dire, pourvu, encore une fois, que ce fût avec
cet air de respect, de soumission, de dépendance, sans lequel on se
seroit encore plus perdu que devant, mais avec lequel aussi, en disant
vrai, on interrompoit le Roi à son tour, on lui nioit crûment des faits
qu’il rapportoit, on élevoit le ton au-dessus du sien en lui parlant,
et tout cela non-seulement sans qu’il le trouvât mauvais, mais se
louant après de l’audience qu’il avoit donnée et de celui qui l’avoit
eue, se défaisant des préjugés qu’il avoit pris, ou des faussetés qu’on
lui avoit imposées, et le marquant après par ses traitements. Aussi les
ministres avoient-ils grand soin d’inspirer au Roi l’éloignement d’en
donner, à quoi ils réussirent comme dans tout le reste.
C’est ce qui rendoit les charges qui approchoient de la personne du
Roi si considérables, et ceux qui les possédoient si considérés, et
des ministres mêmes, par la facilité qu’ils avoient tous les jours
de parler au Roi, seuls, sans l’effaroucher d’une audience qui étoit
toujours sue, et de l’obtenir sûrement, et sans qu’on s’en aperçût,
quand ils en avoient besoin. Surtout les grandes entrées, par cette
même raison, étoient le comble des grâces, encore plus que de la
distinction, et c’est ce qui, dans les grandes récompenses des
maréchaux de Boufflers[51] et de Villars[52], les fit mettre de niveau
à la pairie et à la survivance de leurs gouvernements à leurs enfants
tout jeunes, dans le temps que le Roi n’en donnoit plus à personne.
[51] Louis-François, Marquis and afterwards Duc de Boufflers
(1644-1711), distinguished himself at Fleurus and Steinkirk.
His defence of Lille against the allied troops (1708) was the
admiration of all Europe. His brilliant charge at Malplaquet
(1709) saved the retreat of the French army from becoming a rout.
He was a friend of Saint-Simon, who had a great admiration for
him. See his portrait, IX. 92-94.
[52] Louis-Hector, Marquis and then Duc de Villars (1653-1734),
was the best French general in the War of the Spanish Succession.
In 1712 he gained a notable victory over the allies at Denain.
Saint-Simon’s portrait of him (III. 322-327) shews strong
prejudice. It should be corrected by the judicial estimate of
Sainte-Beuve, who devoted five _causeries_ to him (_Caus. du
Lundi_, XIII).
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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