The Jesuit Relations and Allied Documents, Vol. 5: Quebec, 1632-1633
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The Jesuit Relations and Allied Documents, Vol. 5: Quebec, 1632-1633
Canada -- History -- To 1763 (New France); Indians of North America -- Canada; Jesuits -- Missions; Jesuits -- North America
Arriué que ie fus aux cabanes des Sauuages, ie vey leur secherie
d'anguilles. Ce sont les femmes qui exercent ce mestier. Elles vuidẽt
ce poisson, le lauent fort bien, l'ouurant nõ par le ventre, mais
par le dos, puis le pendent à la fumée, l'ayant faict au prealable
esgoutter sur des perches hors de leurs cabanes. Elles le tailladent
en plusieurs endroits, afin que la fumée le desseche plus aisement. La
quantité d'anguilles qu'ils prennent en ce temps là est incroyable: ie
ne voyois autre chose dedans & [10] dehors leurs cabanes. Les François
& eux en mangẽt incessamment pendant ce temps-là, & en gardent quãtité
pour le iours qu'on ne mange point de chair, ientens les François; car
les Sauuages n'ont point d'autres mets pour l'ordinaire que celuy-là,
iusques à ce que les neges soient grãdes pour la chasse de l'Orignac.
Cõme i'allois de cabane en cabane, vn petit garçon aagé d'enuiron
douze ans s'en vint droict à moy. Ie l'auois caressé l'ayant trouué
quelques iours au parauant en quelque endroit, me semblãt fort posé
& modeste. M'ayant recogneu, il me dict _Ania achtam achtam_: Mon
frere, viens, viens. Il me mene en la cabane de ses parens: i'y trouuay
vne vieille femme qui estoit sa grãd'mere, il luy dit deux ou trois
mots que ie n'entendis pas; & cette bonne vieille me presenta quatre
anguilles boucanées. Ie n'osay les refuser, [11] de peur de la facher.
Ie m'assis à platte terre aupres de son petit fils: ie tiray vn morceau
de pain que i'auois porté auec moy pour mon disner, i'en donnay à ce
petit garçon, à sa grand'mere, & à sa mere qui suruint. Ils me firent
rostir vne anguille auec vne petite broche de bois qu'ils picquent en
terre aupres du feu, puis ils me la presenterent sur vn petit morceau
d'escorce: ie la mangeay auec cet enfant, auquel ie demanday de l'eau:
il m'en alla querir dans vne escuelle ou plat fait d'escorce. Si tost
que i'eus beu, tous ceux qui estoient dans la cabane beurent apres moy.
Pour seruiette ce petit garçon ayant manié cette anguille cuite qui
estoit fort grasse, il se seruoit de ses cheueux, les autres frottent
leurs mains à leurs chiens: cette bonne vieille voiant que ie cherchois
où essuier les miennes, me donna de la poudre de [12] bois sec &
pourry, c'est dequoy les meres nettoient leurs petits enfans, ils n'ont
point d'autre linge. Apres que i'eu disné, cette bonne femme me fit vne
harangue, me donna encore de l'anguille: elle me sembloit recõmander
son fils, mais ie ne l'entendois pas. Ie tiray mon papier, & luy dis
le mieux que ie pû que son fils me vint voir, & qu'il m'apportât les
anguilles qu'elles m'auoyent dõné, ne les pouuãt apporter auec moy
pour la difficulté du chemin, luy promettant quelque chose pour sa
peine. Ie ne sçay s'ils entendirent mon baragoin, mais ie ne l'ay point
veu depuis. Estant de retour au logis, & racontant au Pere de Nouë
la difficulté du chemin, il me dist pour me consoler, qu'allant aux
Hurons on rencontroit quarante endroits plus difficiles que celuy dont
ie luy parlois.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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