Mon bon ami, j'espère que tu as reçu la lettre que je t'ai écrite de
Philadelphie en décembre dernier par laquelle je t'annonçais la
réception de la tienne du 9e avril, 1784, et par laquelle je te
renvoyais à ma première pour de plus grands détails sur ce qui me
regardait. C'est avec le plus grand plaisir que je puis enfin te dire de
partir par la première occasion pour venir me joindre; ce n'est qu'après
m'être longtems consulté que j'ai pris ce parti, ayant toujours craint
de te faire sacrifier un bien-être réel à des avantages incertains.
Cependant, considérant ma position actuelle et voyant par tes lettres
que ton attachement pour moi et ton goût pour la retraite sont toujours
les mêmes, je crois que je puis accorder mon amitié et ton bonheur; du
reste, voici l'état exact où je suis, tu jugeras par là s'il te convient
de venir le partager.
J'ai fait connaissance avec M. Savary de Lyon, homme d'un rare mérite,
et dont le coeur vaut mieux que l'esprit; après l'avoir aidé pendant
quelque tems à suivre ses affaires, il m'a intéressé d'abord pour un
quart et ensuite pour une moitié dans une spéculation de terres dans
l'état de Virginie. Sans entrer dans tous les détails de cette affaire,
dont la réussite est due en partie à mes soins pendant le voyage que
j'ai fait l'été dernier dans les derrières de la Virginie, il te suffira
de savoir que nous possédons actuellement plus de cent mille acres de
terre sur les bords ou près de l'Ohio, 250 milles par eau au-dessous du
Fort Pitt, autrefois Fort Duquesne, à 350 milles de Philadelphie et
environ 300 de Baltimore. Elles sont situées entre le grand et le petit
Kanhawa (ou Canhaway, ou Canway), deux rivières qui se jettent dans
l'Ohio. C'est un pays montueux, très-coupé, mais fertile, propre surtout
à la culture du bled et à élever du bétail. J'ai fait arpenter presque
toutes ces terres l'année dernière; je pars demain pour aller finir cet
ouvrage et pour mener quelques familles afin de commencer un
établissement. Nous avons au reste revendu quelques petites portions qui
nous ont remboursé les trois quarts des premières avances....
* * * * *
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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