Brazil -- Description and travel; Geology -- Amazon River Valley
Que vous êtes bon, Sire, de penser à moi au milieu des affaires
vitales qui absorbent votre attention et combien vos procédés sont
pleins de délicatesse. Le cadeau de nouvel-an que vous m’annoncez
m’enchante. La perspective de pouvoir ajouter quelques comparaisons
des poissons du bassin de l’Uruguay à celles que j’ai déjà faites
des espèces de l’Amazone et des fleuves de la côte orientale du
Brésil a un attrait tout particulier. Ce sera le premier pas vers la
connaissance des types de la zône tempérée dans l’Amérique du Sud.
Aussi est-ce avec une impatience croissante que je vois venir le
moment où je pourrai les examiner. En attendant, permettez-moi de
vous donner un aperçu rapide des résultats obtenus jusqu’à ce jour
dans le voyage de l’Amazone.
Je ne reviendrai pas sur ce qu’il y a de surprenant dans la grande
variété des espèces de poissons de ce bassin, bien qu’il me soit
encore difficile de me familiariser avec l’idée que l’Amazone
nourrit à peu-près deux fois plus d’espèces que la Méditerrannée et
un nombre plus considérable que l’Océan Atlantique d’un pôle à
l’autre. Je ne puis cependant plus dire avec la même précision quel
est le nombre exact d’espèces de l’Amazone que nous nous sommes
procurées, parceque depuis que je reviens sur mes pas, en descendant
le grand fleuve, je vois des poissons prêts à frayer que j’avais vus
dans d’autres circonstances et vice versâ, et sans avoir recours aux
collections que j’ai faites il y a six mois et qui ne me sont pas
accessibles aujourd’hui, il m’est souvent impossible de déterminer
de mémoire si ce sont les mêmes espèces ou d’autres qui m’avaient
échappé lors de mon premier examen. J’estime cependant que le nombre
total des espèces que je possède actuellement dépasse dix-huit cents
et atteint peut-être à deux mille. Mais ce n’est pas seulement le
nombre des espèces qui surprendra les naturalistes; le fait qu’elles
sont pour la plupart circonscrites dans des limites restreintes est
bien plus surprenant encore et ne laissera pas que d’avoir une
influence directe sur les idées qui se répandent de nos jours sur
l’origine des êtres vivants. Que dans un fleuve comme le
Mississippi, qui, du Nord au Sud, passe successivement par les zones
froide, tempérée et chaude, qui roule ses eaux tantôt sur une
formation géologique, tantôt sur une autre, et traverse des plaines
couvertes au Nord d’une végétation presque arctique et au Sud d’une
flore subtropicale,—que dans un pareil bassin on rencontre des
espèces d’animaux aquatiques différentes, sur différents points de
son trajet, ça se comprend dès qu’on s’est habitué à envisager les
conditions générales d’existence et le climat en particulier comme
la cause première de la diversité que les animaux et les plantes
offrent entre eux, dans les différentes localités; mais que, de
Tabatinga au Pará, dans un fleuve où les eaux ne varient ni par leur
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