A Selection from the Comedies of MarivauxMarivaux, Pierre Carlet de Chamblain de
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A Selection from the Comedies of Marivaux
Marivaux, Pierre Carlet de Chamblain de
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Pas tout a fait encore, mais a peu pres: ma fille n'en est pas eloignee.
Elle souhaiteroit seulement, dit-elle, d'etre bien instruite de l'etat de
l'affaire, et savoir si elle n'a pas meilleur droit que monsieur le Comte,
afin que, si elle l'epouse, il lui en ait plus d'obligation. Mais j'ai
quelquefois peur que ce ne soit une defaite.[38] Ma fille n'a qu'un
defaut, c'est que je ne lui trouve pas assez d'elevation[39]; le beau nom
de Dorimont et le rang de comtesse ne la touchent pas assez; elle ne sent
pas le desagrement qu'il y a de n'etre qu'une bourgeoise. Elle s'endort
dans cet etat[40], malgre le bien qu'elle a.
DORANTE, _doucement_.
Peut-etre n'en sera-t-elle pas plus heureuse si elle en sort.
Mme. ARGANTE, _vivement_.
Il ne s'agit pas de ce que vous en pensez; gardez votre petite reflexion
roturiere,[41] et servez-nous, si vous voulez etre de nos amis.
MARTON.
C'est un petit trait de morale qui ne gate rien a notre affaire.
Mme. ARGANTE.
Morale subalterne qui me deplait.
DORANTE.
De quoi est-il question, Madame?
Mme. ARGANTE.
De dire a ma fille, quand vous aurez vu ses papiers, que son droit est le
moins bon; que, si elle plaidoit. elle perdroit.
DORANTE.
Si effectivement son droit est le plus foible, je ne manquerai pas de l'en
avertir. Madame,
Mme. ARGANTE, _a part, a Marton_.
Hum! quel esprit borne! (_A Dorante._) Vous n'y etes point; ce n'est pas
la ce qu'on vous dit; on vous charge de lui parler ainsi independamment de
son droit bien ou mal fonde.
DORANTE.
Mais, Madame, il n'y auroit point de probite a la tromper.
Mme. ARGANTE.
De probite! J'en manque donc, moi? Quel raisonnement! C'est moi qui suis
sa mere, et qui vous ordonne de la tromper a son avantage, entendez-vous?
c'est moi, moi.
DORANTE.
Il y aura toujours de la mauvaise foi de ma part.
Mme. ARGANTE, _a part, a Marton_.
C'est un ignorant que cela, qu'il faut renvoyer. Adieu, monsieur l'homme
d'affaires, qui n'avez fait celles de personne.
(_Elle sort._)
SCENE XI.
DORANTE, MARTON.
DORANTE.
Cette mere-la ne ressemble guere a sa fille.
MARTON.
Oui, il y a quelque difference, et je suis fachee de n'avoir pas eu le
temps de vous prevenir sur son humeur brusque. Elle est extremement
entetee de ce mariage, comme vous voyez. Au surplus, que vous importe ce
que vous direz a la fille, des que la mere sera votre garant? Vous n'aurez
rien a vous reprocher, ce me semble; ce ne sera pas la une tromperie.
DORANTE.
Eh! vous m'excuserez; ce sera toujours l'engager a prendre un parti
qu'elle ne prendroit peut-etre pas sans cela. Puisque l'on veut que j'aide
a l'y determiner, elle y resiste donc?
MARTON.
C'est par indolence.
DORANTE.
Croyez-moi, disons la verite.
MARTON.
Oh! ca, il y a une petite raison a laquelle vous devez vous rendre: c'est
que monsieur le Comte me fait present de mille ecus le jour de la
signature du contrat; et cet argent-la, suivant le projet de monsieur
Remy, vous regarde aussi bien que moi, comme vous voyez.
DORANTE.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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