A Selection from the Comedies of MarivauxMarivaux, Pierre Carlet de Chamblain de
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A Selection from the Comedies of Marivaux
Marivaux, Pierre Carlet de Chamblain de
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Comment! Madame, il pourroit...
ARAMINTE.
Dans sa facon de penser je l'excuse. Voyez pourtant, Dorante, tachez de
vaincre votre penchant, si vous le pouvez; je sais bien que cela est
difficile.
DORANTE.
Il n'y a pas moyen. Madame, mon amour m'est plus cher que ma vie.
M. REMY, _d'un air etonne_.
Ceux qui aiment les beaux sentiments doivent etre contents; en voila un
des plus curieux qui se fasse.[77] Vous trouvez donc cela raisonnable,
Madame?
ARAMINTE.
Je vous laisse, parlez-lui vous-meme. (_A part._) Il me touche tant qu'il
faut que je m'en aille.
(_Elle sort._)
DORANTE.
Il ne croit pas si bien me servir.
SCENE III.
DORANTE, M. REMY, MARTON.
M. REMY, _regardant son neveu_.
Dorante, sais-tu bien qu'il n'y a point de fou aux petites-maisons[78] de
ta force? (_Marton arrive._) Venez, Mademoiselle Marton.
MARTON.
Je viens d'apprendre que vous etiez ici.
M. REMY.
Dites-nous un peu votre sentiment; que pensez-vous de quelqu'un qui n'a
point de bien, et qui refuse d'epouser une honnete et fort jolie femme,
avec quinze mille livres de rente bien venants?[79]
MARTON.
Votre question est bien aisee a decider: ce quelqu'un reve.
M. REMY, _montrant Dorante_.
Voila le reveur; et pour excuse il allegue son coeur, que vous avez pris;
mais, comme apparemment[80] il n'a pas encore emporte le votre, et que je
vous crois encore a peu pres dans tout votre bon sens, vu le peu de temps
qu'il y a que vous le connoissez, je vous prie de m'aider a le rendre plus
sage. Assurement vous etes fort jolie, mais vous ne le disputerez point a
un pareil etablissement: il n'y a point de beaux yeux qui vaillent ce
prix-la.
MARTON.
Quoi! Monsieur Remy, c'est de Dorante dont vous parlez? C'est pour se
garder a moi qu'il refuse d'etre riche?
M. REMY.
Tout juste, et vous etes trop genereuse pour le souffrir.
MARTON, _avec un air de passion_.
Vous vous trompez, Monsieur, je l'aime trop moi-meme pour l'en empecher,
et je suis enchantee. Ah! Dorante, que je vous estime! Je n'aurois pas cru
que vous m'aimassiez tant.
M. REMY.
Courage! je ne fais que vous le montrer, et vous en etes deja coiffee!
Pardi![81] le coeur d'une femme est bien etonnant; le feu y prend bien
vite.
MARTON, _comme chagrine_.
Eh! Monsieur, faut-il tant de bien pour etre heureux? Madame, qui a de la
bonte pour moi, suppleera en partie, par sa generosite, a ce qu'il me
sacrifie. Que je vous ai d'obligation, Dorante!
DORANTE.
Oh! non, Mademoiselle, aucune; vous n'avez point de gre a me savoir[82] de
ce que je fais; je me livre a mes sentiments, et ne regarde que moi la-
dedans; vous ne me devez rien, je ne pense pas a votre reconnoissance.
MARTON.
Vous me charmez: que de delicatesse! Il n'y a encore rien de si tendre que
ce que vous me dites.
M. REMY.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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