A Selection from the Comedies of MarivauxMarivaux, Pierre Carlet de Chamblain de
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A Selection from the Comedies of Marivaux
Marivaux, Pierre Carlet de Chamblain de
Comedy plays
ARAMINTE.
Je ne vous interroge que par etonnement. Elle ignore que vous l'aimez,
dites-vous? Et vous lui sacrifiez votre fortune? Voila de l'incroyable.
Comment, avec tant d'amour, avez-vous pu vous taire? On essaye de se faire
aimer, ce me semble: cela est naturel et pardonnable.
DORANTE.
Me preserve le Ciel d'oser concevoir la plus legere esperance![122] Etre
aime, moi! Non, Madame. Son etat est bien au-dessus du mien. Mon respect
me condamne au silence, et je mourrai du moins sans avoir eu le malheur de
lui deplaire.
ARAMINTE.
Je n'imagine point de femme qui merite d'inspirer une passion si
etonnante; je n'en imagine point. Elle est donc au-dessus de toute
comparaison?
DORANTE.
Dispensez-moi de la louer, Madame: je m'egarerois en la peignant. On ne
connoit rien de si beau ni de si aimable qu'elle, et jamais elle ne me
parle, ou ne me regarde, que mon amour n'en augmente.[123]
ARAMINTE, _baisse les yeux, et continue_.
Mais votre conduite blesse la raison. Que pretendez-vous avec cet amour
pour une personne qui ne saura jamais que vous l'aimez? Cela est bien
bizarre. Que pretendez-vous?
DORANTE.
Le plaisir de la voir quelquefois, et d'etre avec elle, est tout ce que je
me propose.
ARAMINTE.
Avec elle? Oubliez-vous que vous etes ici?
DORANTE.
Je veux dire avec son portrait, quand je ne la vois point.
ARAMINTE.
Son portrait! Est-ce que vous l'avez fait faire?
DORANTE.
Non, Madame; mais j'ai, par amusement, appris a peindre, et je l'ai
peinte[124] moi-meme. Je me serois prive de son portrait si je n'avois pu
l'avoir que par le secours d'un autre.
ARAMINTE, _a part_.
Il faut le pousser a bout. (_Haut._) Montrez-moi ce portrait.
DORANTE.
Daignez m'en dispenser, Madame; quoique mon amour soit sans esperance, je
n'en dois pas moins un secret inviolable a l'objet aime.
ARAMINTE.
Il m'en est tombe un par hasard entre les mains: on l'a trouve ici.
(_Montrant la boite._) Voyez si ce ne seroit point celui dont il s'agit.
DORANTE.
Cela ne se peut pas.
ARAMINTE, _ouvrant la boite_.
Il est vrai que la chose seroit assez extraordinaire: examinez.
DORANTE.
Ah! Madame, songez que j'aurois perdu mille fois la vie avant que[125]
d'avouer ce que le hasard vous decouvre. Comment pourrai-je expier.. (_Il
se jette a ses genoux._)
ARAMINTE.
Dorante, je ne me facherai point. Votre egarement me fait pitie. Revenez-
en, je vous le pardonne.
MARTON _paroit, et s'enfuit_.
Ah!
(_Dorante se leve vite._)
ARAMINTE.
Ah Ciel! c'est Marton! Elle vous a vu.
DORANTE, _feignant d'etre deconcerte_.
Non, Madame, non, je ne crois pas; elle n'est point entree.
ARAMINTE.
Elle vous a vu, vous dis-je. Laissez-moi, allez-vous en: vous m'etes
insupportable. Rendez-moi ma lettre. (_Quand il est parti._) Voila
pourtant ce que c'est que de l'avoir garde!
SCENE XVI.
ARAMINTE, DUBOIS.
DUBOIS.
Dorante s'est-il declare, Madame, et est-il necessaire que je lui parle?
ARAMINTE.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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