A Selection from the Comedies of MarivauxMarivaux, Pierre Carlet de Chamblain de
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A Selection from the Comedies of Marivaux
Marivaux, Pierre Carlet de Chamblain de
Comedy plays
Pourquoi avez-vous eu la cruaute de m'abandonner au hasard d'aimer un
homme qui n'est pas fait pour moi, qui est digne de vous, et que j'ai jete
dans une douleur dont je suis penetree.
ARAMINTE, _d'un ton doux_.
Tu l'aimois donc, Marton?
MARTON.
Laissons la mes sentiments. Rendez-moi votre amitie comme je l'avois, et
je serai contente.
ARAMINTE.
Ah! je te la rends toute entiere.
MARTON, _lui baisant la main_.
Me voila consolee.
ARAMINTE.
Non, Marton, tu ne l'es pas encore. Tu pleures, et tu m'attendris.
MARTON.
N'y prenez point garde. Rien ne m'est si cher que vous!
ARAMINTE.
Va, je pretends bien te faire oublier tous tes chagrins. Je pense que
voici Arlequin.
SCENE XI.
ARAMINTE, MARTON, ARLEQUIN.
ARAMINTE.
Que veux-tu?
ARLEQUIN, _pleurant et sanglotant_.
J'aurois bien de la peine a vous le dire, car je suis dans une detresse
qui me coupe entierement la parole, a cause de la trahison que
mademoiselle Marton m'a faite. Ah! quelle ingrate perfidie!
MARTON.
Laisse la ta perfidie, et nous dis[159] ce que tu veux.
ARLEQUIN.
Ah! cette pauvre lettre! Quelle escroquerie!
ARAMINTE.
Dis donc.
ARLEQUIN.
Monsieur Dorante vous demande a genoux qu'il vienne ici vous rendre compte
des paperasses qu'il a eues[160] dans les mains depuis qu'il est ici. Il
m'attend a la porte, ou il pleure.
MARTON.
Dis-lui qu'il vienne.
ARLEQUIN.
Le voulez-vous, Madame? car je ne me fie pas a elle. Quand on m'a une fois
affronte[161] je n'en reviens point.
MARTON, _d'un air triste et attendri_.
Parlez-lui, Madame; je vous laisse,
ARLEQUIN, _quand Marton est partie_.
Vous ne me repondez point. Madame.
ARAMINTE.
Il peut venir.
(_Arlequin sort_.)
SCENE XII.
DORANTE, ARAMINTE.
ARAMINTE.
Approchez, Dorante.
DORANTE.
Je n'ose presque paroitre devant vous.
ARAMINTE, _a part_.
Ah! je n'ai guere plus d'assurance que lui. (_Haut_.) Pourquoi vouloir me
rendre compte de mes papiers? Je m'en fie bien a vous. Ce n'est pas la-
dessus que j'aurai a me plaindre.
DORANTE.
Madame... j'ai autre chose a dire... Je suis si interdit, si tremblant,
que je ne saurais parler.
ARAMINTE, _a part, avec emotion_.
Ah! que je crains la fin de tout ceci!
DORANTE, _emu_.
Un de vos fermiers[162] est venu tantot, Madame.
ARAMINTE, _emue_.
Un de mes fermiers!... Cela se peut.
DORANTE.
Oui, Madame... il est venu.
ARAMINTE, _toujours emue_.
Je n'en doute pas.
DORANTE, _emu_.
Et j'ai de l'argent a vous remettre.
ARAMINTE.
Ah! de l'argent!... Nous verrons.
DORANTE.
Quand il vous plaira, Madame, de le recevoir.
ARAMINTE.
Oui... je le recevrai... vous me le donnerez. (_A part._) Je ne sais ce
que je lui reponds.
DORANTE.
Ne seroit-il pas temps de vous l'apporter ce soir ou demain, Madame?
ARAMINTE.
Demain, dites-vous? Comment vous garder jusque-la, apres ce qui est
arrive?
DORANTE, _plaintivement_.
De tout le temps de ma vie que je vais passer loin de vous, je n'aurois
plus que ce seul jour qui m'en seroit precieux.
ARAMINTE.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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