A Selection from the Comedies of MarivauxMarivaux, Pierre Carlet de Chamblain de
General
A Selection from the Comedies of Marivaux
Marivaux, Pierre Carlet de Chamblain de
Comedy plays
Eh! bonjour, ma fille. La nouvelle que je viens t'annoncer te fera-t-elle
plaisir? Ton pretendu arrive aujourd'hui; son pere me l'apprend par cette
lettre-ci. Tu ne me reponds rien; tu me parois triste. Lisette de son cote
baisse les yeux. Qu'est-ce que cela signifie? Parle donc, toi; de quoi
s'agit-il?
LISETTE.
Monsieur, un visage qui fait trembler, un autre qui fait mourir de froid,
une ame gelee qui se tient a l'ecart; et puis le portrait d'une femme qui
a le visage abattu, un teint plombe, des yeux bouffis et qui viennent de
pleurer; voila, Monsieur, tout ce que nous considerons avec tant de
recueillement.
M. ORGON.
Que veut dire ce galimatias? Une ame, un portrait! Explique-toi donc: je
n'y entends rien.
SILVIA.
C'est que j'entretenois Lisette du malheur d'une femme maltraitee par son
mari; je lui citois celle de Tersandre, que je trouvai l'autre jour fort
abattue, parce que son mari venoit de la quereller; et je faisois la-
dessus mes reflexions.
LISETTE.
Oui, nous parlions d'une physionomie qui va et qui vient; nous disions
qu'un mari porte un masque avec le monde, et une grimace[31] avec sa
femme.
M. ORGON.
De tout cela,[32] ma fille, je comprends que le mariage t'alarme, d'autant
plus que tu ne connois point Dorante.
LISETTE.
Premierement, il est beau; et c'est presque tant pis.
M. ORGON.
Tant pis! Reves-tu, avec ton tant pis?
LISETTE.
Moi, je dis ce qu'on m'apprend: c'est la doctrine de Madame; j'etudie sous
elle.
M. ORGON.
Allons, allons, il n'est pas question de tout cela. Tiens, ma chere
enfant, tu sais combien je t'aime. Dorante vient pour t'epouser. Dans le
dernier voyage que je fis en province, j'arretai ce mariage-la avec son
pere, qui est mon intime et mon ancien ami; mais ce fut a condition
que[33] vous vous plairiez a tous deux et que vous auriez entiere liberte
de vous expliquer la-dessus. Je te defends toute complaisance a mon egard.
Si Dorante ne te convient point, tu n'as qu'a le dire, et il repart; si tu
ne lui convenois pas, il repart de meme,
LISETTE.
Un _duo_ de tendresse en decidera, comme a l'Opera: "Vous me voulez, je
vous veux; vite un notaire[34]!" ou bien: "M'aimez-vous? non; ni moi non
plus, vite a cheval!"
M. ORGON.
Pour moi, je n'ai jamais vu Dorante: il etoit absent quand j'etois chez
son pere; mais, sur tout le bien[35] qu'on m'en a dit, je ne saurois
craindre que vous vous remerciiez[36] ni l'un ni l'autre.
SILVIA.
Je suis penetree de vos bontes, mon pere. Vous me defendez toute
complaisance, et je vous obeirai.
M. ORGON.
Je te l'ordonne.
SILVIA.
Mais, si j'osois, je vous proposerois, sur une idee qui me vient, de
m'accorder une grace qui me tranquilliseroit tout a fait.
M. ORGON.
Parle ... Si la chose est faisable, je te l'accorde.
SILVIA.
Elle est tres faisable; mais je crains que ce ne soit abuser de vos
bontes.
M. ORGON.
Eh bien! abuse. Va, dans ce monde, il faut etre un peu trop bon pour
l'etre assez.
LISETTE.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
Reviews
Reviews
No reviews yet
Be the first to share your thoughts on this work.
Elsewhere in the archive
Join the Discussion
Join the discussion
Sign in to leave a comment or review.
Sign InorCreate an account