A Selection from the Comedies of MarivauxMarivaux, Pierre Carlet de Chamblain de
General
A Selection from the Comedies of Marivaux
Marivaux, Pierre Carlet de Chamblain de
Comedy plays
Mon deguisement ne m'expose-t-il pas a m'entendre dire de jolies choses! A
qui en avez-vous? D'ou vous vient la manie d'imputer a ce garcon une
repugnance a laquelle il n'a point de part? Car enfin vous m'obligez a le
justifier: il n'est pas question de le brouiller avec son maitre, ni d'en
faire un fourbe pour me faire une imbecile, moi qui ecoute ses histoires.
LISETTE.
Oh! Madame, des que vous le defendez sur ce ton-la, et que cela va jusqu'a
vous facher, je n'ai plus rien a dire.
SILVIA.
Des que je le defends sur ce ton-la! Qu'est-ce que c'est que le ton dont
vous dites cela vous-meme? Qu'entendez-vous par ce discours? Que se
passe-t-il dans votre esprit?
LISETTE.
Je dis, Madame, que je ne vous ai jamais vue comme vous etes, et que je ne
concois rien a votre aigreur. Eh bien! si ce valet n'a rien dit, a la
bonne heure; il ne faut pas vous emporter pour le justifier; je vous
crois, voila qui est fini; je ne m'oppose pas a la bonne opinion que vous
en avez, moi.
SILVIA.
Voyez-vous le mauvais esprit! comme elle tourne les choses! Je me sens
dans une indignation... qui... va jusqu'aux larmes.
LISETTE,
En quoi donc,[142] Madame? Quelle finesse entendez-vous a ce que je dis?
SILVIA.
Moi, j'y entends finesse! moi, je vous querelle pour lui! j'ai bonne
opinion de lui! Vous me manquez de respect jusque la! Bonne opinion, juste
Ciel! bonne opinion! Que faut-il que je reponde a cela? Qu'est-ce que cela
veut dire? A qui parlez-vous? Qui est-ce qui est a l'abri de ce qui
m'arrive? Ou en sommes-nous?
LISETTE.
Je n'en sais rien; mais je ne reviendrai de longtemps de la surprise ou
vous me jetez.
SILVIA.
Elle a des facons de parler qui me mettent hors de moi. Retirez-vous, vous
m'etes insupportable; laissez-moi, je prendrai d'autres mesures.
SCENE VIII.
SILVIA.
Je frissonne encore de ce que je lui ai entendu dire. Avec quelle
impudence les domestiques ne nous traitent-ils pas dans leur esprit! Comme
ces gens-la vous degradent! Je ne saurois m'en remettre; je n'oserois
songer aux termes dont elle s'est servie: ils me font toujours[143] peur.
Il s'agit d'un valet! Ah! l'etrange chose! Ecartons l'idee dont cette
insolente est venue me noircir l'imagination.[144] Voici Bourguignon,
voila cet objet[145] en question pour lequel je m'emporte; mais ce n'est
pas sa faute, le pauvre garcon! et je ne dois pas m'en prendre a lui.
SCENE IX.
DORANTE. SILVIA.
DORANTE.
Lisette, quelque eloignement que tu aies pour moi, je suis force de te
parler; je crois que j'ai a me plaindre de toi.
SILVIA.
Bourguignon, ne nous tutoyons plus, je t'en prie.
DORANTE.
Comme tu voudras.
SILVIA.
Tu n'en fais pourtant rien.
DORANTE.
Ni toi non plus; tu me dis: "Je t'en prie."
SILVIA.
C'est que cela m'est echappe.
DORANTE.
Eh bien! crois-moi, parlons comme nous pourrons: ce n'est pas la peine de
nous gener pour le peu de temps que nous avons a nous voir.
SILVIA.
Est-ce que ton maitre s'en va? Il n'y auroit pas grande perte.
DORANTE.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
Reviews
Reviews
No reviews yet
Be the first to share your thoughts on this work.
Elsewhere in the archive
Join the Discussion
Join the discussion
Sign in to leave a comment or review.
Sign InorCreate an account