A Selection from the Comedies of MarivauxMarivaux, Pierre Carlet de Chamblain de
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A Selection from the Comedies of Marivaux
Marivaux, Pierre Carlet de Chamblain de
Comedy plays
SCENE XI.
SILVIA, MARIO, M. ORGAN.
M. ORGON.
Eh bien! Silvia, vous ne nous regardez pas; vous avez l'air tout
embarrasse.
SILVIA.
Moi, mon pere! et ou seroit le motif de mon embarras? Je suis, grace au
Ciel, comme a mon ordinaire; je suis fachee de vous dire que c'est une
idee.
MARIO.
II y a quelque chose, ma soeur, il y a quelque chose.
SILVIA.
Quelque chose dans votre tete, a la bonne heure, mon frere; mais, pour
dans[157] la mienne, il n'y a que l'etonnement de ce que vous dites.
M. ORGON.
C'est donc ce garcon qui vient de sortir qui t'inspire cette extreme
antipathie que tu as pour son maitre?
SILVIA.
Qui? le domestique de Dorante?
M. ORGON.
Oui, le galant Bourguignon.
SILVIA.
Le galant Bourguignon, dont je ne savois pas l'epithete, ne me parle pas
de lui.
M. ORGON.
Cependant on pretend que c'est lui qui le detruit aupres de toi, et c'est
sur quoi j'etois bien aise de te parler.
SILVIA.
Ce n'est pas la peine, mon pere, et personne au monde que son maitre ne
m'a donne l'aversion naturelle que j'ai pour lui.
MARIO.
Ma foi, tu as beau dire, ma soeur, elle est trop forte pour etre si
naturelle, et quelqu'un y a aide.
SILVIA, _avec vivacite_.
Avec quel air mysterieux vous me dites cela, mon frere! Et qui est donc ce
quelqu'un qui y a aide? Voyons.
MARIO.
Dans quelle humeur[158] es-tu, ma soeur? Comme tu t'emportes!
SILVIA.
C'est que je suis bien lasse de mon personnage, et je me serois deja
demasquee si je n'avois pas craint de facher mon pere.
M. ORGON.
Gardez-vous en bien, ma fille; je viens ici pour vous le recommander.
Puisque j'ai eu la complaisance de vous permettre votre deguisement, il
faut, s'il vous plait, que vous ayez celle de suspendre votre jugement sur
Dorante, et de voir si l'aversion qu'on vous a donnee pour lui est
legitime.
SILVIA.
Vous ne m'ecoutez donc point, mon pere?... Je vous dis qu'on ne me l'a
point donnee.
MARIO.
Quoi! ce babillard qui vient de sortir ne t'a pas un peu degoutee de lui?
SILVIA, _avec feu_.
Que vos discours sont desobligeants! M'a degoutee de lui! degoutee!
J'essuie des expressions bien etranges, je n'entends plus que des choses
inouies, qu'un langage inconcevable: j'ai l'air embarrasse, il y a quelque
chose, et puis c'est le galant Bourguignon qui m'a degoutee. C'est tout
ce qui vous plaira; mais je n'y entends rien.
MARIO.
Pour le coup, c'est toi qui es etrange. A qui en as-tu donc? D'ou vient
que tu es si fort sur le qui-vive?[159] Dans quelle idee[160] nous
soupconnes-tu?
SILVIA.
Courage, mon frere... Par quelle fatalite aujourd'hui ne pouvez-vous me
dire un mot qui ne me choque?[161] Quel soupcon voulez-vous qui me vienne?
Avez-vous des visions?
M. ORGON.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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