A Selection from the Comedies of MarivauxMarivaux, Pierre Carlet de Chamblain de
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A Selection from the Comedies of Marivaux
Marivaux, Pierre Carlet de Chamblain de
Comedy plays
Avez-vous de l'inclination pour Monsieur?
SILVIA.
Quoi! de l'amour? Oh! je crois qu'il ne sera pas necessaire qu'on me le
defende.
DORANTE.
Ne me trompez-vous pas?
MARIO.
En verite, je joue ici un joli personnage! Qu'il sorte donc! A qui est-ce
que je parle?
DORANTE.
A Bourguignon, voila tout.
MARIO.
Eh bien! qu'il s'en aille!
DORANTE, _a part_.
Je souffre.
SILVIA.
Cedez, puisqu'il se fache.
DORANTE, _bas a Silvia_.
Vous ne demandez peut-etre pas mieux?
MARIO.
Allons, finissons.
DORANTE.
Vous ne m'aviez pas dit cet amour-la, Lisette.
SCENE IV.
M. ORGON, MARIO, SILVIA.
SILVIA.
Si je n'aimois pas cet homme-la, avouons que je serois bien ingrate.
MARIO, _riant_.
Ha! ha! ha! ha!
M. ORGON.
De quoi riez-vous, Mario?
MARIO.
De la colere de Dorante, qui sort, et que j'ai oblige de quitter Lisette.
SILVIA.
Mais que vous a-t-il dit dans le petit entretien que vous avez eu tete a
tete avec lui?
MARIO.
Je n'ai jamais vu d'homme ni plus intrigue ni de plus mauvaise humeur.
M. ORGON.
Je ne suis pas fache qu'il soit la dupe de son propre stratageme; et
d'ailleurs, a le bien prendre,[197] il n'y a rien de plus flatteur ni de
plus obligeant pour lui que tout ce que tu as fait jusqu'ici, ma fille.
Mais en voila assez.
MARIO.
Mais ou en est-il precisement, ma soeur?
SILVIA.
Helas! mon frere, je vous avoue que j'ai lieu d'etre contente.
MARIO.
"Helas! mon frere," me dit-elle. Sentez-vous cette paix douce qui se mele
a ce qu'elle dit?
M. ORGON.
Quoi! ma fille, tu esperes qu'il ira jusqu'a t'offrir sa main dans le
deguisement ou te voila?
SILVIA.
Oui, mon cher pere, je l'espere.
MARIO.
Friponne que tu es, avec ton "cher pere"! Tu ne nous grondes plus a
present, tu nous dis des douceurs.
SILVIA.
Vous ne me passez[198] rien.
MARIO.
Ha! ha! je prends ma revanche. Tu m'as tantot chicane sur les[199]
expressions: il faut bien, a mon tour, que je badine un peu sur les
tiennes; ta joie est bien aussi[200] divertissante que l'etoit ton
inquietude.
M. ORGON.
Vous n'aurez point a vous plaindre de moi, ma fille: j'acquiesce a tout ce
qui vous plait.
SILVIA.
Ah! Monsieur, si vous saviez combien je vous aurai d'obligation! Dorante
et moi nous sommes destines l'un a l'autre; il doit m'epouser. Si vous
saviez combien je lui tiendrai compte de ce qu'il fait aujourd'hui pour
moi, combien mon coeur gardera le souvenir de l'exces de tendresse qu'il
me montre! Si vous saviez, combien tout ceci va rendre notre union
aimable! Il ne pourra jamais se rappeler notre histoire sans m'aimer; je
n'y songerai jamais que je ne l'aime.[201] Vous avez fonde notre bonheur
pour la vie en me laissant faire: c'est un mariage unique; c'est une
aventure dont le seul recit est attendrissant; c'est le coup de hasard le
plus singulier, le plus heureux, le plus...
MARIO.
Ha! ha! ha! que ton coeur a de caquet,[202] ma soeur! quelle eloquence!
M. ORGON.
If faut convenir que le regal que tu te donnes est charmant, surtout si tu
acheves.
SILVIA.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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