A Selection from the Comedies of MarivauxMarivaux, Pierre Carlet de Chamblain de
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A Selection from the Comedies of Marivaux
Marivaux, Pierre Carlet de Chamblain de
Comedy plays
Qui, notre pere? Ah! le bon homme! nous l'avons dans notre manche.[240]
C'est le meilleur humain, la meilleure pate d'homme.[241].. Vous m'en
direz des nouvelles.[242]
DORANTE.
Quel extravagant! As-tu vu Lisette?
ARLEQUIN.
Lisette! non: peut-etre a-t-elle passe devant mes yeux; mais un honnete
homme ne prend pas garde a une chambriere: je vous cede ma part de cette
attention-la.
DORANTE.
Va-t-en, la tete te tourne.
ARLEQUIN.
Vos petites manieres[243] sont un peu aisees; mais c'est la grande
habitude qui fait cela. Adieu. Quand j'aurai epouse, nous vivrons but a
but.[244] Votre soubrette arrive. Bonjour, Lisette; je vous recommande
Bourguignon: c'est un garcon qui a quelque merite.
SCENE VIII.
DORANTE, SILVIA.
DORANTE, _a part._
Qu'elle est digne d'etre aimee! Pourquoi faut-il que Mario m'ait
prevenu?[245]
SILVIA.
Ou etiez-vous donc, Monsieur? Depuis que j'ai quitte Mario, je n'ai pu
vous retrouver pour vous rendre compte de ce que j'ai dit a monsieur
Orgon.
DORANTE.
Je ne me suis pourtant pas eloigne. Mais de quoi s'agit-il?
SILVIA, _a part._
Quelle froideur! (_Haut_.) J'ai eu beau decrier votre valet et prendre sa
conscience a temoin de son peu de merite, j'ai eu beau lui representer
qu'on pouvoit du moins reculer le mariage, il ne m'a pas seulement
ecoutee. Je vous avertis meme qu'on parle d'envoyer chez le notaire, et
qu'il est temps de vous declarer.
DORANTE.
C'est mon intention, je vais partir _incognito_, et je laisserai un billet
qui instruira monsieur Orgon de tout.
SILVIA, _a part._
Partir! ce n'est pas la mon compte.
DORANTE.
N'approuvez-vous pas mon idee?
SILVIA.
Mais ... pas trop.
DORANTE.
Je ne vois pourtant rien de mieux dans la situation ou je suis, a moins
que de parler moi-meme: et je ne saurois m'y resoudre. J'ai d'ailleurs
d'autres raisons qui veulent que je me retire; je n'ai plus que faire ici.
SILVIA.
Comme je ne sais pas vos raisons, je ne puis ni les approuver ni les
combattre, et ce n'est pas a moi a vous les demander.[246]
DORANTE.
Il vous est aise de les soupconner, Lisette.
SILVIA.
Mais je pense, par exemple, que vous avez du gout pour la fille de
monsieur Orgon.
DORANTE.
Ne voyez-vous que cela?
SILVIA.
Il y a bien encore certaines choses que je pourrais supposer; mais je ne
suis pas folle, et je n'ai pas la vanite de m'y arreter.
DORANTE.
Ni le courage d'en parler, car vous n'auriez rien d'obligeant a me dire.
Adieu, Lisette.
SILVIA.
Prenez garde: je crois que vous ne m'entendez[247] pas, je suis obligee de
vous le dire.
DORANTE.
A merveille, et l'explication ne me seroit pas favorable. Gardez-moi le
secret jusqu'a mon depart.
SILVIA.
Quoi! serieusement, vous partez?
DORANTE.
Vous avez bien peur que je ne change d'avis.
SILVIA.
Que vous etes aimable d'etre si bien au fait!
DORANTE.
Cela est bien naif. Adieu.
(_Il s'en va._)
SILVIA, _a part._
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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