“Danton en avait peu-être un peu moins pour _Lhomond_ que pour le jeu
de cartes. A peine le devoir terminé, en hâte il courait avec quelques
camarades dans un coin pour faire sa partie. Des billes ou des gâteaux
étaient le bénéfice du gagnant. Souvent vainqueur, il partageait toujours
avec le vaincu. Quand il se trouvait seul, il lisait ou allait se
promener ans les bois ou dans les champs.
“Pour modifier cette humeur un peu sauvage, les parents de Danton crurent
devoir le mettre dans une maison religieuse.
“Quoiqu’il ne fût point destiné à l’état ecclésiastique, on le plaça
d’abord au petit séminaire de _Troyes_; mais la monotonie de cette
maison lui devint bientôt pénible. Pendant tout le temps qu’il y resta,
il observa la règle, mais il ne pouvait souffrir que sa récréation fût
subitement interrompue par un coup de cloche. _Cette cloche_, disait-il,
_si je suis encore forcé de l’entendre longtemps, finira par sonner mon
enterrement_.
“Un reproche mal fondé et reçu publiquement du supérieur décida Danton à
solliciter sa sortie du séminaire.
“Le fait suivant peut être raconté comme trait de caractère: La pension,
dans cette maison, était modique. Les élèves n’avaient de vin qu’en
le payant séparément à la fin de chaque année. Tous les dimanches on
distribuait des cartes, qui étaient une espèce de billet au porteur.
En présentant cette carte au distributeur, on recevait une mesure de
vin appelée _roquille_. Danton était généreux, et un de ses grands
plaisirs alors était de régaler ses camarades en leur passant des cartes
de _roquilles_, surtout à ceux qu’il savait n’avoir pas la bourse
bien garnie. Sa générosité alla si loin, que, lorsqu’on fit le compté
général et la proclamation publique de tous ceux qui avaient bu du vin,
il se trouva être celui qui avait fait une plus grande consommation de
_roquilles_. La veille du départ pour les vacances, le supérieur du
petit séminaire adressa ces paroles à Danton: _Mon ami, vous pouvez
vous flatter d’être le plus grand buveur de la communauté_. A ces
mots, tous les rires d’éclater sur lui; il ne répondit pas, mais il se
promit bien de ne plus boire de roquilles au petit séminaire. Malgré
une véritable bonté, Danton était peu endurant, et on l’avait surnommé
_l’anti-supérieur_, et même _le républicain_.
“A peine revenu à Arcis-sur-Aube, il déclara à sa mère qu’il ne
rentrerait plus au petit séminaire: “Il y a là, dit-il, des habitudes
qui ne me vont pas, et que je ne pourrai jamais comprendre.” L’année
suivante, on le mit dans une pension laïque. Ses études n’y perdirent
rien, car il eut depuis des succès qu’il n’avait pas obtenus auparavant.
Il fit ainsi sa seconde, et y remporta la presque totalité des prix....
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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