Les tribunaux ont sévi contre les coupables; nous avions craint
que vos commissaires n’eussent dépassé leurs pouvoirs dans le
département de l’Ardèche, et nous les aurions déféré à votre
sévère justice pour donner l’exemple de la punition de ceux
qu’on affecte d’appeler des proconsuls, pour empêcher le bien
qu’ils peuvent faire ou en empoisonner les résultats; mais un
décret avait déjà mis hors de la loi les coupables complices de
Defaillant.
La trahison de Dumouriez que tout annonce avoir eu des branches
très étendus, a été un trait de lumière; elle a frappé es
administrations et les citoyens d’un coup électrique. Tous nos
moyens ont centuplé par cet évènement destiné à les paralyser;
mais de tous les maux préparés insensiblement dans les
départemens frontières comme dans le centre, comme au milieu
de nous le plus grand, le plus effrayant par ses progrès, est
la marche imprévue des contre-révolutionnaires nobiliares,
sacerdotaux et émigrés qui, du fond de la Vendée et du Morbihan
remontent la Loire, menacent nos cités de l’intérieur, et
emploient à la fois, des moyens de terreur et de persuasion....
Les révoltés ont plusieurs corps de rassemblement. Le principe
qui s’était porté a Thouars, était, suivant les uns, de
quinze mille suivant la dernière relation envoyée par un de
nos commissaires, il était de vingt à vingt-cinq mille hommes
armés, partie de piques, partie de fusils; ils traînent avec
eux, treize pièces de canon, selon les uns, et d’après le
dernier succès de Thouars, trente pièces d’artillerie.
Ils sont commandés par des ci-devant nobles et accompagnés par
des prêtres; toutes leurs femmes leur servent d’espions; ils
se battent pour des fiefs et des prières. Les agriculteurs
fanatiques combattent avec fureur et ne pillent pas; ils
composent la moitié de la troupe.
Un quart est composé de gardes-chasses, d’échappés des galères
et de faux sauniers. Ils pillent, dévastent, égorgent, et sont
bien dignes de leurs chefs.
L’autre quart est formé d’hommes pusillanimes ou indifférens,
que la violence force de marcher, mais qui, à la première
défaite des brigands, se retireraient, et forment, pour ainsi
dire, la propriété du premier occupant. C’est à la liberté de
s’en emparer par des succès.
Il n’y a que les émigrés, les ci-devant, et les prêtres qui
voudraient mettre de l’ordre dans les rassemblemens, et de la
tactique dans cette guerre. Ils paient, les rebelles deux tiers
en numéraire.
Les chefs connus sont les ci-devant de Leseur,
Laroche-Jacquelin, Beauchamp, Langrenière, Delbecq,
Baudré-de-Brochin, Debouillé-Loret, un abbé appelé Larivière.
Domengé est colonel-général de la cavalerie; Demenens et
Delbecq commandent l’armée catholique-royale.
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