Or cette histoire du nom (directement liée au problème du droit d'auteur) renvoie au pilier fondamental, tabou, de notre globe: la propriété privée. Rien que ça: en quelques siècles, on nous a réduit à un nom, un seul, d'autant plus "propre" maintenant qu'il a été nettoyé de toute humanité et réduit à un code-barre SS (Sécu Soc) (sécurité sociale, ndlr). Ce n'est pas un phénomène naturel : c'est un choix de civilisation, voulu par les gestionnaires, car comment faire fonctionner une société moderne, comment obtenir que soit rendu à César ce qu'il s'approprie, si on laissait chaque individu modifier son apparence administrative plusieurs fois dans sa vie, passant de "Casse-cou des Patins (à roulettes)" à "Le 68tard qui fume sous la véranda" après avoir été "Mob dans les virages" (alors que vous savez comme moi qu'un programme simple suffirait pour "gérer" ça)? "La nature humaine est foncièrement mauvaise et tous les maffieux en abuseraient. Mais nous sommes là pour vous protéger, protéger votre identité." (Le Pentagone) Et le premier acte d'affirmation du plus démuni, celui dont les papiers ne sont jamais en règle, c'est d'abord de tagger son nom sur les affiches signées "© Grande Marque". Aux cotres, nous essayons furtivement autre chose. Nous existons, nous avons une adresse. Nous savons qu'il est difficile de se parler dans l'anonymat ou le collectivisme, alors nous gardons certains points de repère: il y a le facteur temps, il y a le facteur humain, et chez les cotres, il y a le cotre facteur, qui répond souvent au nom de Jean-Paul. Un prénom qui n'est pas un nom propre puisque justement le propre d'un nom est qu'il ne nous est pas propre: c'est celui d'une dynastie, d'une série de pères déposée chez notaires. Pas question de renier nos ancêtres: ils ont fait le monde que nous appelons réalité. Mais nous levons la toile pour un autre rêve. Et nous lançons nos cotres dans toutes les directions, pour les contacts. = Que pensez-vous des débats liés au respect du droit d'auteur sur le web? Nous ne nous sentons pas concernés. a) - S'il s'agit de "respect", c'est une question de morale et d'élégance, qui n'est pas suceptible de débat: sur la toile comme ailleurs, on cite ses sources. Total respect. Pour la plupart d'entre nous. b) - S'il s'agit de "droit d'auteur", on est dans le domaine juridique, instable par essence. Le "droit" d'auteur est une notion récente -- que les Français attribuent à Beaumarchais, homme d'ombres, d'affaires, trafiquant d'armes et grand auteur. L'apparition du numérique, et donc du clonage (qui pose un autre problème que celui de la copie, résolu depuis longtemps), oblige à reconsidérer cette notion. c) - S'il s'agit de "droitS d'auteur" (au pluriel, donc), on est dans la sphère de l'économie, dont la logique est connue: concurrence et rétention: devenir le premier de la classe, empêcher les autres de le devenir. Et pas vu, pas pris.
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