Entretiens / Interviews / EntrevistasLebert, Marie
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Entretiens / Interviews / Entrevistas
Lebert, Marie
Internet; World Wide Web
Je viens du papier (publication régulière de nouvelles classées "X" en recueil
collectif - Edition Blanche, La Bartavelle, La Musardine... - et un petit roman
urbain, N'importawaque, aux éditions Fleuve Noir). Mes "conseillers
littéraires", des amis qui n'ont pas ressenti le vent de liberté qui souffle sur
le web, aimeraient que j'y reste, engluée dans la pâte à papier. Appliquant le
principe de demi désobéissance, je fais des allers-retours papier-pixel.
L'avenir nous dira si j'ai perdu mon temps ou si un nouveau genre littéraire
hypermédia va naître.
L'un des projets qui me tient le plus à coeur s'appelle "Mes vrais petits
secrets et les secrets de tous mes amis". Il s'agit d'une borne interactive
ludique et j'espère un peu dérangeante. Les frères Simonnet - l'un
vidéaste-compositeur, l'autre ingénieur - ont à résoudre des problèmes
techniques, et il nous faut surtout trouver des moyens de financement qui
complètent la sympathique bourse reçue par la SCAM (Société civile des auteurs
multimédia). Avec le multimédia, nous sommes donc tributaires d'une organisation
proche de l'industrie du spectacle, même si les projets peuvent se développer en
interne, avec les moyens d'un "home studio".
D'une manière générale, mon humble expérience d'apprentie auteur m'a révélé
qu'il n'y a pas de différence entre écrire de la fiction pour le papier ou le
pixel: cela demande une concentration maximale, un isolement à la limite
désespéré, une patience obsessionnelle dans le travail millimétrique avec la
phrase, et bien entendu, en plus de la volonté de faire, il faut avoir quelque
chose à dire! Mais avec le multimédia, le texte est ensuite mis en scène comme
s'il n'était qu'un scénario. Et, si à la base, il n'y a pas un vrai travail sur
le langage des mots, tout le graphisme et les astuces interactives qu'on peut y
mettre fera gadget. Par ailleurs, le support modifie l'appréhension du texte, et
même, il faut le souligner, change l'oeuvre originale. Et cela ne signifie pas:
"the medium is the message" - je vous épargne le millionième commentaire sur
cette citation. Il n'y a pas non plus dégradation de la littérature mais
déplacement...
Par exemple un concert live de jazz ,écouté dans les arènes de Cimiez, n'est
plus le même une fois enregistré, donc compressé, puis écouté dans une voiture
qui file sur l'autoroute. Et pourtant, le mélomane se satisfait du formatage car
ce qui compte est: "j'ai besoin de musique, je veux l'entendre maintenant".
Notre rapport à la littérature évolue dans ce sens: il y aura de plus en plus
d'adaptations, de formats, de supports, de versions, mais aussi différents prix
pour une même oeuvre littéraire, etc. Comme pour la musique aujourd'hui, il nous
faut être de plus en plus instruits et riches pour posséder les bonnes versions.
= Les possibilités offertes par l'hypertexte ont-elles changé votre mode
d'écriture?
a) Ce qui a changé: l'ordinateur connecté
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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