Entretiens / Interviews / EntrevistasLebert, Marie
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Entretiens / Interviews / Entrevistas
Lebert, Marie
Internet; World Wide Web
A moindre frais donc, sans compétences informatiques d'ingénieur diplômé (si
l'on compare l'exigeante programmation que demandaient les machines des années
70), l'apprenti techno-auteur peut aujourd'hui cumuler les casquettes de
créateur producteur diffuseur... C'est inouï, planétaire, du jamais vu.
Personnellement, par manque de mégalomanie ou par flemme (je n'ai jamais fait de
mailing list de ma vie ni rédigé des lettres d'information ni envoyé d'autres
types de faire-part aux e-communautés concernées, etc.), je préfère me soumettre
à l'organisation affective du réseau qui me met en lien, ce qui est l'occasion
de faire des rencontres, sympas. Cela pour dire que nous ne sommes pas forcément
esclaves de toutes les libertés qu'offre la machine.
Mais si les écrivains français classiques en sont encore à se demander s'ils ne
préfèrent pas le petit carnet Clairefontaine, le Bic ou le Mont-Blanc fétiche,
et un usage modéré du traitement de texte, plutôt que l'ordinateur connecté,
voire l'installation, c'est que l'HTX (littérature hypertextuelle, ndlr)
nécessite un travail d'accouchement visuel qui n'est pas la vocation originaire
de l'écrivain papier. En plus des préoccupations du langage (syntaxe, registre,
ton, style, histoire...), le techno-écrivain - collons-lui ce label pour le
différencier - doit aussi maîtriser la syntaxe informatique et participer à
l'invention de codes graphiques car lire sur un écran est aussi regarder. De
plus, regarder n'est pas forcément contempler, soit rester passif car, par
idéologie empreinte dans l'interface même de tout ordinateur connecté ou du
CD-Rom (bientôt le DVD pour tous en attendant le reste), il y a cette contrainte
de l'interactivité.
Ce genre de création multimédia et hypertextuelle pose une série de questions:
1/ Peut-on lire sur écran de l'écrit qui ne soit pas mis en scène?
L'environnement visuel contribue-t-il à enrichir vraiment le propos d'une
fiction narrative?
2/ Est-ce que le techno-écrivain doit être l'auteur de la mise en écran de ses
écrits pour ne pas être dépossédé de ses intentions? Doit-il produire lui-même
ses images? Doit-il en mettre? Quel est leur statut par rapport au texte? Si un
graphiste compose des images, y aura-t-il collaboration ou trahison?
3/ L'apprentissage des logiciels d'images, de divers langages informatiques, des
limites et des possibilités du support choisi, ne peut être que non théorique,
empirique. Est-ce une perte de temps pour celui qui crée le fond de la fiction?
Et si l'auteur du texte ne réalise pas lui-même la mise en scène numérique,
quels types de document doit-il remettre au réalisateur multimédia? En plus du
texte, il devra concevoir un scénario non-linéaire, interactif, une arborescence
hypernarrative, un story board visuel, des notes d'intention esthétique? Quel
est son statut d'auteur dès lors: il devient scénariste?
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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