Entretiens / Interviews / EntrevistasLebert, Marie
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Entretiens / Interviews / Entrevistas
Lebert, Marie
Internet; World Wide Web
Puisque la France s'inscrit dans une tradition d'interventionnisme de la
puissance publique (l'Etat, les collectivités locales...) en matière de culture,
nos institutions devraient financer des logiciels de traduction simultanée - ils
seront opérants bientôt...-, et plus simplement, donner des aides à la
traduction, et cela dans le cadre d'une stratégie de développement de la
francophonie. Les acteurs culturels sur le web, par exemple, auraient plus de
facilité pour présenter leur site en plusieurs langues. Les chiffres de
septembre 2000 montrent que 51% des utilisateurs sont anglo-saxons, et 78% des
sites aussi. Les chiffres de cette prépondérance baissent à mesure qu'augmentent
le nombre des internautes de par le monde... L'anglais va devenir la deuxième
langue mondiale après la langue natale, mais il y aura d'autres. Un exemple:
personnellement, à l'âge de 4 ans, je parlais trois langues alors que je ne
savais ni lire ni écrire. Pour parler une langue, il peut suffire d'avoir la
chance de l'écouter. On peut espérer que le cosmopolitisme traverse toutes les
classes sociales en raison, par exemple, de l'Union européenne, du nomadisme des
travailleurs, de la facilité de déplacement à l'étranger des étudiants, de la
présence des chaînes TV et sites étrangers, etc.
= Comment définissez-vous le cyberespace?
Le délire SF du type: "bienvenue dans la 3e dimension, payez-vous du sexe, des
voyages et des vies virtuels" a toujours existé. La méditation, l'ésotérisme,
les religions y pourvoient, etc. Maintenant, on est dans le cyberspace... Un
exemple: dans l'industrie, la recherche.
= Et la société de l'information?
Je préférerais parler de "communautés de l'information"... Nous sommes plutôt
dans une société de la communication et de la commutation. Il est très
discutable de savoir si nos discussions sont de meilleure qualité et si nous
serions plus savants... Etre informé n'est pas être cultivé.
Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?
En 1997 ou 1998, j'ai eu droit aux honneurs de la censure. L'une de mes
nouvelles mises en ligne, aujourd'hui publiée honorablement sur support papier,
était censurée par mon hébergeur. Il était inexact que ma petite histoire noire
quoique teintée d'humour était un hommage rendu à un tueur en série pédophile,
et cela bien que ce soit en effet le sujet. Mais voilà, par un matin gris acier,
on apprit que quelques fournisseurs de services en ligne avaient été embarqués
au commissariat de police le plus proche. Ils étaient tenus pour responsables du
contenu des dizaines de milliers sites qu'ils hébergent! Et fatalement
quelques-uns étaient suspects d'invitation à la haine raciale, au non-respect de
la personne, etc. Ma petite nouvelle n'en faisait évidemment pas partie mais
j'étais très amusée du fait qu'un "robot trieur", le genre de nettoyeur
informatique qui obéit aux ordres des censeurs, ait attenté, par erreur, à ma
liberté d'expression.
= Et votre pire souvenir?
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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