France and England in North America, Part VII, Vol 2: A Half-Century of ConflictParkman, Francis
History
France and England in North America, Part VII, Vol 2: A Half-Century of Conflict
Parkman, Francis
Canada -- History -- To 1763 (New France); United States -- History -- Colonial period, ca. 1600-1775
“Nous eumes tout l’hiver à nous, c’était plus qu’il n’en falloit pour
nous mettre en état de défense; mais la terreur s’étoit emparée des
esprits: on tenait des conseils, dont le résultat n’avoit rien que de
bizarre et de puérile; cependant le tems s’écoulait, nous perdions de
précieux momens en déliberations inutiles, & en résolutions presque
aussitôt détruites que prises. Quelques ouvrages demandoient qu’on les
parachevât: il en falloit renforcer quelques-uns, augmenter quelques 276
autres, pourvoir à des postes, visiter tous ceux de l’Isle, voir où la
descente étoit plus facile, faire le denombrement des personnes en
état de porter les armes, assigner à chacun son poste; enfin se donner
tous les soins et les mouvemens ordinaires en pareil cas; rien de tout
cela ne se faisoit; de sorte que nous avons été surpris, comme si
l’ennemi fût venu fondre sur nous à l’improviste. Nous aurions eu même
assez de tems pour nous precautionner mieux qu’on ne l’a fait, depuis
le jour où nous vimes paroître les premiers Navires qui nous ont
bloqués; car ils n’y sont venues que les uns après les autres, ainsi
que je le dirai dans la suite. La négligence & la déraison avoient
conjuré la perte de notre malheureuse Isle....
“Ce fut le quatorze [Mars], que nous vimes les premiers Navires
ennemis; ils n’étoient encore que deux, & nous les primes d’abord pour
des Vaisseaux François; mais nous fumes bien tôt détrompés par leur
manœuvre. Le nombre en augmentoit de jour à autre, il en arriva
jusqu’à la fin de Mai. Ils croiserent long-tems, sans rien tenter. Le
rendez-vous général étoit devant notre Isle, où ils arrivoient de tous
côtez; car on avoit armé à l’Acadie, Plaisance, Baston, & dans toute
l’Amerique Anglaise. Les secours d’Europe ne vinrent qu’en Juin.
C’étoit moins une entreprise formée par la Nation ou par le Roi, que
par les seuls habitans de la nouvelle Angleterre. Ces peuples
singuliers ont des Lois & une Police qui leur sont particulières, &
leur Gouverneur tranche du Souverain. Cela est si vrai, que,
quoi-qu’il y eût guerre déclarée entre les deux Couronnes, il nous la
déclara lui de son chef & en son nom, comme s’il avoit fallu qu’il eût
autorisé son maître. Sa declaration portoit, qu’il nous déclaroit la
guerre pour lui, & pour tous ses amis & alliés; il entendoit parler
apparemment des Sauvages qui leur sont soumis, qu’on appelle
_Indiens_, & que l’on distingue des Sauvages qui obéissent à la
France. On verra que l’Amiral _Warren_ n’avoit rien à commander 277
aux troupes envoyées par le Gouverneur de Baston, & que cet Amiral n’a
été que Spectateur, quoique ce soit à lui que nous nous soyons rendus.
Il nous en avoit fait solliciter. Ce qui marque bien l’independance
qu’il y avoit entre l’armée de terre & celle de mer que l’on nous a
toujours distinguées comme si elles eussent été de differentes
Nations. Quelle Monarchie s’est jamais gouvernée de la sorte?
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