Mais elle, qui ne veut m'entendre,
Jette un fagot, range la cendre:
"Chauffe-toi, soldat, chauffe-toi!"
Bonne vieille, je n'ai pas faim.
Garde ton jambon et ton vin;
J'ai mangé la soupe à l'étape.
Veux-tu bien m'ôter cette nappe!
C'est trop bon et trop beau pour moi.
Mais elle, qui n'en veut rien faire,
Taille mon pain, remplit mon verre:
"Refais-toi, soldat, refais-toi!"
Bonne vieille, pour qui ces draps?
Par ma foi, tu n'y penses pas!
Et ton étable? Et cette paille
Où l'on fait son lit à sa taille?
Je dormirai là comme un roi.
Mais elle qui n'en veut démordre,
Place les draps, met tout en ordre:
"Couche-toi, soldat, couche-toi!"
--Le jour vient, le départ aussi.--
Allons! adieu... Mais qu'est ceci?
Mon sac est plus lourd que la veille....
Ah! bonne hôtesse, ah! chère vieille,
Pourquoi tant me gâter, pourquoi?
Et la bonne vieille de dire,
Moitié larme, moitié sourire:
"J'ai mon gars soldat comme toi!"
GEORGES BOUTELLEAU
LE COLIBRI
J'ai vu passer aux pays froids
L'oiseau des îles merveilleuses,
Il allait frôlant les yeuses
Et les sapins mornes des bois.
Je lui dis: "Tes plages sont belles,
Ne pleures-tu pas leur soleil?"
Il répondit: "Tout m'est vermeil:
Je porte mon ciel sur mes ailes!"
LES DEUX OMBRES
Deux ombres cheminaient dans une étroite allée,
Sous le pâle couchant d'un jour mourant d'été:
L'une avait sur la lèvre un sourire enchanté;
L'autre était languissante et de crêpes voilée.
Elles allaient sans but, distraites du chemin,
Cherchant la solitude et son divin mystère;
Fiancés éternels aussi vieux que la terre:
La Douleur et l'Amour qui se donnaient la main.
LOUIS TIERCELIN
LE PETIT ENFANT
Il jouait, le petit enfant
Aux blanches mains, aux lèvres roses;
Ignorant nos soucis moroses,
Il jouait, le petit enfant.
Joyeux, candide et triomphant,
Sur le tapis couvert de roses,
Il jouait, le petit enfant
Aux blanches mains, aux lèvres roses.
Il dormait, le petit enfant,
Dans son berceau de mousseline.
Fleur fatiguée et qui s'incline,
Il dormait, le petit enfant.
Et la mère, en le réchauffant,
Le berçait d'une voix câline,
Il dormait, le petit enfant,
Dans son berceau de mousseline.
Il vivait, le petit enfant,
Heureux et rose à faire envie,
Front radieux, âme ravie,
Il vivait, le petit enfant.
Le père faisait pour sa vie
De beaux rêves que Dieu défend.
Il vivait, le petit enfant,
Heureux et rose à faire envie.
Il est mort, le petit enfant;
Il s'est envolé vers les Anges.
Avec des sourires étranges,
Il est mort, le petit enfant.
Il est mort, et le coeur se fend
Devant ce linceul fait de langes.
Il est mort, le petit enfant;
Il s'est envolé vers les Anges.
GUY DE MAUPASSANT
DÉCOUVERTE
J'étais enfant. J'aimais les grands combats,
Les chevaliers et leur pesante armure,
Et tous les preux qui tombèrent là-bas
Pour racheter la Sainte Sépulture.
L'Anglais Richard faisait battre mon coeur;
Et je l'aimais, quand après ses conquêtes
Il revenait, et que son bras vainqueur
Avait coupé tout un collier de têtes.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
Reviews
Reviews
No reviews yet
Be the first to share your thoughts on this work.
Elsewhere in the archive
Join the Discussion
Join the discussion
Sign in to leave a comment or review.
Sign InorCreate an account