Il n'en finit pas de courir,
Le ruisseau de pleurs qui l'arrose,
Et la mélancolique rose
N'en finit pas de refleurir.
DÉPART
Accoudé sur le bastingage
Et regardant la grande mer,
Je respire ce que dégage
De liberté ce gouffre amer.
Le large pli des houles bleues,
Que les vents poussent au hasard
D'au delà d'un millier de lieues,
Soulève le bateau qui part.
Sensation farouche et gaie,
Je vais donc vivre sans lien!
Ah! que mon âme est fatiguée
D'avoir tant travaillé pour rien!
Vains devoirs d'un monde frivole,
Plaisirs factices de deux jours,
Coupable abus de la parole,
Efforts mesquins, tristes amours,
Tout de ce qui fut moi s'efface
A l'horizon mystérieux,
Et le libre, l'immense espace,
S'ouvre à mon coeur comme à mes yeux.
NUIT D'ETE
O nuit, ô douce nuit d'été, qui viens à nous
Parmi les foins coupés et sous la lune rose,
Tu dis aux amoureux de se mettre à genoux,
Et sur leur front brûlant un souffle frais se pose!
O nuit, ô douce nuit d'été, qui fais fleurir
Les fleurs dans les gazons et les fleurs sur les branches,
Tu dis aux tendres coeurs des femmes de s'ouvrir,
Et sous les blonds tilleuls errent des formes blanches!
O nuit, ô douce nuit d'été, qui sur les mers
Alanguis le sanglot des houles convulsées,
Tu dis aux isolés de n'être pas amers,
Et la paix de ton ciel descend dans leurs pensées.
O nuit, ô douce nuit d'été, qui parles bas,
Tes pieds se font légers et ta voix endormante,
Pour que les pauvres morts ne se réveillent pas,
Eux qui ne peuvent plus aimer, ô nuit aimante!
ÉPILOGUE
Le Fantôme est venu de la trentième année.
Ses doigts vont s'entr'ouvrir pour me prendre la main,
La fleur de ma jeunesse est à demi fanée,
Et l'ombre du tombeau grandit sur mon chemin.
Le Fantôme me dit avec ses lèvres blanches:
"Qu'as-tu fait de tes jours passés, homme mortel?
Ils ne reviendront plus t'offrir leurs vertes branches.
Qu'as-tu cueilli sur eux dans la fraîcheur du ciel?"
--"Fantôme, j'ai vécu comme vivent les hommes:
J'ai fait un peu de bien, j'ai fait beaucoup de mal.
Il est dur aux songeurs, le siècle dont nous sommes,
Pourtant j'ai préservé mon intime Idéal!...."
Le Fantôme me dit: "Où donc est ton ouvrage?"
Et je lui montre alors mon rêve intérieur,
Trésor que j'ai sauvé de plus d'un noir naufrage,
--Et ces vers de jeune homme où j'ai mis tout mon coeur.
Oui! tout entier: espoirs heureux, légers caprices,
Coupables passions, spleenétique rancoeur,
J'ai tout dit à ces vers, tendres et sûrs complices.
Qu'ils témoignent pour moi, Fantôme, et pour ce coeur!
Que leur sincérité, Juge d'en haut, te touche,
Et, comme aux temps lointains des rêves nimbés d'or,
Pardonne, en écoutant s'échapper de leur bouche,
Ce cri d'un coeur resté chrétien: _Confiteor!_
ABEL HERMANT
L'ÉTOILE
Je suis le Chaldéen par l'Étoile conduit
Vers un but inconnu que moi-même j'ignore.
Quelle main alluma cet astre dans ma nuit?
Quel spectacle à mes yeux révélera l'Aurore?
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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