Proscrit, regarde les branches,
Les branches où sont les nids;
Mai les remplit d'ailes blanches
Et de soupirs infinis.
--Je pense
Aux nids charmants où j'aimai.
Le mois de mai sans la France,
Ce n'est pas le mois de mai.
EXIL
Si je pouvais voir, ô patrie,
Tes amandiers et tes lilas,
Et fouler ton herbe fleurie,
Hélas!
Si je pouvais,--mais ô mon père,
O ma mère, je ne peux pas,--
Prendre pour chevet votre pierre,
Hélas!
Dans le froid cercueil qui vous gène,
Si je pouvais vous parler bas,
Mon frère Abel, mon frère Eugène,
Hélas!
Si je pouvais, ô ma colombe,
Et toi, mère, qui t'envolas,
M'agenouiller sur votre tombe,
Hélas!
Oh! vers l'étoile solitaire,
Comme je lèverais les bras!
Comme je baiserais la terre,
Hélas!
Loin de vous, ô morts que je pleure,
Des flots noirs j'écoute le glas;
Je voudrais fuir, mais je demeure,
Hélas!
Pourtant le sort, caché dans l'ombre,
Se trompe si, comptant mes pas,
Il croit que le vieux marcheur sombre
Est las.
SAISON DES SEMAILLES
LE SOIR
C'est le moment crépusculaire.
J'admire, assis sous un portail,
Ce reste de jour dont s'éclaire
La dernière heure du travail.
Dans les terres, de nuit baignées,
Je contemple, ému, les haillons
D'un vieillard qui jette à poignées
La moisson future aux sillons.
Sa haute silhouette noire
Domine les profonds labours.
On sent à quel point il doit croire
A la fuite utile des jours.
Il marche dans la plaine immense,
Va, vient, lance la graine au loin,
Rouvre sa main et recommence,
Et je médite, obscur témoin,
Pendant que, déployant ses voiles,
L'ombre, où se mêle une rumeur,
Semble élargir jusqu'aux étoiles
Le geste auguste du semeur.
UN HYMNE HARMONIEUX
Un hymne harmonieux sort des feuilles du tremble;
Les voyageurs craintifs, qui vont la nuit ensemble,
Haussent la voix dans l'ombre où l'on doit se hâter.
Laissez tout ce qui tremble
Chanter!
Les marins fatigués sommeillent sur le gouffre.
La mer bleue où Vésuve épand ses flots de soufre
Se tait dès qu'il s'éteint, et cesse de gémir.
Laissez tout ce qui souffre
Dormir!
Quand la vie est mauvaise on la rêve meilleure.
Les yeux en pleurs au ciel se lèvent à toute heure;
L'espoir vers Dieu se tourne et Dieu l'entend crier.
Laissez tout ce qui pleure
Prier!
C'est pour renaître ailleurs qu'ici-bas on succombe.
Tout ce qui tourbillonne appartient à la tombe.
Il faut dans le grand tout tôt ou tard s'absorber.
Laissez tout ce qui tombe
Tomber!
PROMENADES DANS LES ROCHERS
i.
Un tourbillon d'écume, au centre de la baie
Formé par de secrets et profonds entonnoirs,
Se berce mollement sur l'onde qu'il égaie,
Vasque immense d'albâtre au milieu des flots noirs.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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