Plongez sous les écumes fraîches
De l'Océan mystérieux.
La lumière crible de flèches
Le faîte des monts radieux;
Mille et mille cris, par fusées,
Sortent des bois lourds de rosées;
Une musique vole aux cieux.
Plongez, de larmes arrosées,
Dans l'Océan mystérieux.
Fuyez, astres mélancoliques,
O Paradis lointains encor!
L'aurore aux lèvres métalliques
Rit dans le ciel et prend l'essor;
Elle se vêt de molles flammes,
Et sur l'émeraude des lames
Fait pétiller des gouttes d'or.
Fuyez, mondes où vont les âmes,
O Paradis lointains encor!
Allez, étoiles, aux nuits douces,
Aux cieux muets de l'Occident.
Sur les feuillages et les mousses
Le soleil darde un oeil ardent;
Les cerfs, par bonds, dans les vallées,
Se baignent aux sources troublées;
Le bruit des hommes va grondant.
Allez, ô blanches exilées,
Aux cieux muets de l'Occident.
Heureux qui vous suit, clartés mornes,
O lampes qui versez l'oubli!
Comme vous, dans l'ombre sans bornes,
Heureux qui roule enseveli!
Celui-là vers la paix s'élance:
Haine, amour, larmes, violence,
Ce qui fut l'homme est aboli.
Donnez-nous l'éternel silence,
O lampes qui versez l'oubli!
MILLE ANS APRÈS
L'apre rugissement de la mer pleine d'ombres,
Cette nuit-là, grondait au fond des gorges noires,
Et tout échevelés, comme des spectres sombres,
De grands brouillards couraient le long des promontoires,
Le vent hurleur rompait en convulsives masses
Et sur les pics aigus éventrait les ténèbres,
Ivre, emportant par bonds dans les lames voraces
Les bandes de taureaux aux beuglements funèbres.
Semblable à quelque monstre énorme, épileptique,
Dont le poil se hérisse et dont la bave fume,
La montagne, debout dans le ciel frénétique,
Geignait affreusement, le ventre blanc d'écume.
Et j'écoutais, ravi, ces voix désespérées.
Vos divines chansons vibraient dans l'air sonore,
O jeunesse, ô désirs, ô visions sacrées,
Comme un choeur de clairons éclatant à l'aurore!
Hors du gouffre infernal, sans y rien laisser d'elle,
Parmi ces cris et ces angoisses et ces fièvres,
Mon âme en palpitant s'envolait d'un coup d'aile
Vers ton sourire, ô gloire! et votre arôme, ô lèvres!
La nuit terrible, avec sa formidable bouche,
Disait:--La vie est douce; ouvre ses portes closes!
Et le vent me disait de son râle farouche:
--Adore! Absorbe-toi dans la beauté des choses!--
Voici qu'après mille ans, seul, à travers les âges,
Je retourne, ô terreur! à ces heures joyeuses,
Et je n'entends plus rien que les sanglots sauvages
Et l'écroulement sourd des ombres furieuses.
LE SOIR D'UNE BATAILLE
Tels que la haute mer contre les durs rivages,
A la grande tuerie ils se sont tous rués,
Ivres et haletants, par les boulets troués,
En d'épais tourbillons pleins de clameurs sauvages.
Sous un large soleil d'été, de l'aube au soir,
Sans relâche, fauchant les blés, brisant les vignes
Longs murs d'hommes, ils ont poussé leurs sombres lignes,
Et là, par blocs entiers, ils se sont laissés choir
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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