“Toutefois ce qu’il importe ici de constater, ce n’est pas
qu’Hippocrate a observé de telle ou telle manière, mais c’est
qu’il a eu l’idée de recueillir et de consigner des faits
particuliers. En effet, rien, dans l’antiquité, n’a été plus rare
que ce soin: outre Hippocrate, je ne connois qu’Erasistrate qui
se soit occupé de relater sous cette forme les résultats de son
expérience clinique. Ni Galien lui-même, ni Arétée, ni Soranus,
ni les autres qui sont arrivés jusqu’à nous, n’ont suivi un aussi
louable exemple. Les observations consignées dans la collection
Hippocratique constituent la plus grande partie, à beaucoup près,
de ce que l’antiquité a possédé en ce genre: et si, en commentant
le travail d’Hippocrate, on l’avait un peu imité, nous aurions
des matériaux à l’aide desquels nous prendrions une idée bien
plus précise de la pathologie de ces siècles reculés.... Mais
tout en exprimant ce regret et en reconnaissant cette utilité
relative à nous autres modernes et véritablement considérable,
il faut ajouter que l’antiquité avoit dans les faits et la
doctrine Hippocratiques un aliment qui lui a suffi—et qu’une
collection, même étendue, d’histoires particulières n’auroit pas
alors modifié la médecine, du moins la médecine scientifique,
essentiellement et au delà de la limite que comportoit la
physiologie. Je pourrai montrer ailleurs que la doctrine
d’Hippocrate et de l’école de Cos a été la seule solide, la seule
fondée sur un aperçu vrai de la nature organisée; et que les
sectes postérieures, méthodisme et pneumatisme, n’ont bâti leurs
théories que sur des hypothèses sans consistance. Mais ici je me
contente de remarquer, que la pathologie, en tant que science,
ne peut marcher qu’à la suite de la physiologie, dont elle n’est
qu’une des faces: et d’Hippocrate à Galien inclusivement, la
physiologie ne fit pas assez de progrès pour rendre insuffisante
la conception Hippocratique. Il en résulte, nécessairement, que
la pathologie, toujours considérée comme science, n’auroit pu,
par quelque procédé que ce fût, gagner que des corrections et des
augmentations de détail.”
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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