Et tous ceux qui faisaient, au lieu de repentirs,
Un rire au prince avec les larmes des martyrs,
Et tous ces flatteurs des épées
Qui louaient le sultan, le maître universel,
Et, pour assaisonner l'hymne, prenaient du sel
Dans le sac aux têtes coupées!
Les pestes, les forfaits, les cimiers fulgurants,
S'effacent, et la route où marchaient les tyrans,
Bélial roi, Dagon ministre,
Et l'épine, et la haie horrible du chemin
Où l'homme du vieux monde et du vieux vice humain
Entend bêler le bouc sinistre.
On voit luire partout les esprits sidéraux;
On voit la fin du monstre et la fin du héros,
Et de l'athée et de l'augure,
La fin du conquérant, la fin du paria;
Et l'on voit lentement sortir Beccaria
De Dracon qui se transfigure.
On voit l'agneau sortir du dragon fabuleux,
La vierge de l'opprobre, et Marie aux yeux bleus
De la Vénus prostituée;
Le blasphème devient le psaume ardent et pur,
L'hymne prend, pour s'en faire autant d'ailes d'azur,
Tous les haillons de la huée.
Tout est sauvé! La fleur, le printemps aromal,
L'éclosion du bien, l'écroulement du mal,
Fêtent dans sa course enchantée
Ce beau globe éclaireur, ce grand char curieux,
Qu'Empédocle, du fond des gouffres, suit des yeux,
Et, du haut des monts, Prométhée!
Le jour s'est fait dans l'antre où l'horreur s'accroupit.
En expirant, l'antique univers décrépit,
Larve à la prunelle ternie,
Gisant, et regardant le ciel noir s'étoiler,
A laissé cette sphère heureuse s'envoler
Des lèvres de son agonie.
Oh! ce navire fait le voyage sacré!
C'est l'ascension bleue à son premier degré,
Hors de l'antique et vil décombre,
Hors de la pesanteur, c'est l'avenir fondé;
C'est le destin de l'homme à la fin évadé,
Qui lève l'ancre et sort de l'ombre!
Ce navire là-haut conclut le grand hymen,
Il mêle presque à Dieu l'âme du genre humain.
Il voit l'insondable, il y touche;
Il est le vaste élan du progrès vers le ciel;
Il est l'entrée altière et sainte du réel
Dans l'antique idéal farouche.
Oh! chacun de ses pas conquiert l'illimité!
Il est la joie; il est la paix; l'humanité
A trouvé son organe immense;
Il vogue, usurpateur sacré, vainqueur béni,
Reculant chaque jour plus loin dans l'infini
Le point sombre où l'homme commence.
Il laboure l'abîme; il ouvre ces sillons
Où croissaient l'ouragan, l'hiver, les tourbillons,
Les sifflements et les huées;
Grâce à lui, la concorde est la gerbe des cieux;
Il va, fécondateur du ciel mystérieux,
Charrue auguste des nuées.
Il fait germer la vie humaine dans ces champs
Où Dieu n'avait encor semé que des couchants
Et moissonné que des aurores;
Il entend, sous son vol qui fend les airs sereins,
Croître et frémir partout les peuples souverains,
Ces immenses épis sonores!
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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