Ah! le vautour est triste à voir, en vérité,
Déchiquetant sa proie et planant; on s'effraie
Du cri de la fauvette aux griffes de l'orfraie;
L'épervier est affreux rongeant des os brisés;
Pourtant, par l'ombre immense on les sent excusés,
L'impénétrable faim est la loi de la terre,
Et le ciel, qui connaît la grande énigme austère,
La nuit, qui sert de fond au guet mystérieux
Du hibou promenant la rondeur de ses yeux
Ainsi qu'à l'araignée ouvrant ses pâles toiles,
Met à ce festin sombre une nappe d'étoiles;
Mais l'être intelligent, le fils d'Adam, l'élu
Qui doit trouver le bien après l'avoir voulu,
L'homme exterminant l'homme et riant, épouvante,
Même au fond de la nuit, l'immensité vivante,
Et, que le ciel soit noir ou que le ciel soit bleu,
Caïn tuant Abel est la stupeur de Dieu.
XII
QUE C'EST FABRICE QUI EST UN TRAÎTRE
Un homme qu'un piquet de lansquenets escorte,
Qui tient une bannière inclinée, et qui porte
Une jacque de vair taillée en éventail,
Un héraut, fait ce cri devant le grand portail:
'Au nom de l'empereur clément et plein de gloire,
--Dieu le protège!--peuple! il est pour tous notoire
Que le traître marquis Fabrice d'Albenga
Jadis avec les gens des villes se ligna,
Et qu'il a maintes fois guerroyé le Saint-Siège;
C'est pourquoi l'empereur très clément,--Dieu protège
L'empereur!--le citant à son haut tribunal,
A pris possession de l'état de Final.'
L'homme ajoute, dressant sa bannière penchée:
--Qui me contredira, soit sa tête tranchée,
Et ses biens confisqués à l'empereur. J'ai dit.
XIII
SILENCE
Tout à coup on se tait; ce silence grandit,
Et l'on dirait qu'au choc brusque d'un vent qui tombe
Cet enfer a repris sa figure de tombe;
Ce pandémonium, ivre d'ombre et d'orgueil,
S'éteint; c'est qu'un vieillard a paru sur le seuil;
Un prisonnier, un juge, un fantôme; l'ancêtre!
C'est Fabrice.
On l'amène à la merci du maître.
Ses blêmes cheveux blancs couronnent sa pâleur;
Il a les bras liés au dos comme un voleur;
Et, pareil au milan qui suit des yeux sa proie,
Derrière le captif marche, sans qu'il le voie,
Un homme qui tient haute une épée à deux mains.
Matha, fixant sur lui ses beaux yeux inhumains,
Rit sans savoir pourquoi, rire étant son caprice.
Dix valets de la lance environnent Fabrice.
Le roi dit:--Le trésor est caché dans un lieu
Qu'ici tu connais seul, et je jure par Dieu
Que, si tu dis l'endroit, marquis, ta vie est sauve.
Fabrice lentement lève sa tête chauve
Et se tait.
Le roi dit:--Es-tu sourd, compagnon?
Un reître avec le doigt fait signe au roi que non.
--Marquis, parle! ou sinon, vrai comme je me nomme
Empereur des Romains, roi d'Arle et gentilhomme,
Lion, tu vas japper ainsi qu'un épagneul.
Ici, bourreaux!--Réponds, le trésor?
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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