Et l'aïeul
Semble, droit et glacé parmi les fers de lance,
Avoir déjà pris place en l'éternel silence.
Le roi dit:--Préparez les coins et les crampons.
Pour la troisième fois parleras-tu? Réponds.
Fabrice, sans qu'un mot d'entre ses lèvres sorte,
Regarde le roi d'Arle et d'une telle sorte,
Avec un si superbe éclair, qu'il l'interdit;
Et Ratbert, furieux sous ce regard, bondit
Et crie, en s'arrachant le poil de la moustache
--Je te trouve idiot et mal en point, et sache
Que les jouets d'enfant étaient pour toi, vieillard!
Çà, rends-moi ce trésor, fruit de tes vols, pillard!
Et ne m'irrite pas, ou ce sera ta faute,
Et je vais envoyer sur la tour la plus haute
Ta tête au bout d'un pieu se taire dans la nuit.
Mais l'aïeul semble d'ombre et de pierre construit;
On dirait qu'il ne sait pas même qu'on lui parle.
--Le brodequin! A toi, bourreau! dit le roi d'Arle.
Le bourreau vient, la foule effarée écoutait.
On entend l'os crier, mais la bouche se tait.
Toujours prêt à frapper le prisonnier en traître,
Le coupe-tête jette un coup d'oeil à son maître.
--Attends que je te fasse un signe, dit Ratbert.
Et, reprenant:
--Voyons, toi chevalier haubert,
Hais cadet, toi marquis, mais bâtard, si tu donnes
Ces quelques diamants de plus à mes couronnes,
Si tu veux me livrer ce trésor, je te fais
Prince, et j'ai dans mes ports dix galères de Fez
Dont je te fais présent avec cinq cents esclaves.
Le vieillard semble sourd et muet.
--Tu me braves!
Eh bien! tu vas pleurer, dit le fauve empereur.
XIV
RATBERT REND L'ENFANT À L'AÏEUL
Et voici qu'on entend comme un souffle d'horreur
Frémir, même en cette ombre et même en cette horde.
Une civière passe, il y pend une corde;
Un linceul la recouvre; on la pose à l'écart;
On voit deux pieds d'enfants qui sortent du brancard.
Fabrice, comme au vent se renverse un grand arbre,
Tremble, et l'homme de chair sous cette homme de marbre
Reparaît; et Ratbert fait lever le drap noir.
C'est elle! Isora! pâle, inexprimable à voir,
Étranglée; et sa main crispée, et cela navre,
Tient encore un hochet; pauvre petit cadavre!
L'aïeul tressaille avec la force d'un géant;
Formidable, il arrache au brodequin béant
Son pied dont le bourreau vient de briser le pouce;
Les bras toujours liés, de l'épaule il repousse
Tout ce tas de démons, et va jusqu'à l'enfant,
Et sur ses deux genoux tombe, et son coeur se fend.
Il crie en se roulant sur la petite morte:
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