Elle prie, et la mauve au cri rauque et moqueur
L'importune, et, parmi les écueils en décombres,
L'océan l'épouvante, et toutes sortes d'ombres
Passent dans son esprit, la mer, les matelots
Emportés à travers la colère des flots.
Et dans sa gaîne, ainsi que le sang dans l'artère,
La froide horloge bat, jetant dans le mystère,
Goutte à goutte, le temps, saisons, printemps, hivers;
Et chaque battement, dans l'énorme univers,
Ouvre aux âmes, essaims d'autours et de colombes,
D'un côté les berceaux et de l'autre les tombes.
Elle songe, elle rêve,--et tant de pauvreté!
Ses petits vont pieds nus l'hiver comme l'été.
Pas de pain de froment. On marge du pain d'orge.
--O Dieu! le vent rugit comme un soufflet de forge,
La côte fait le brut d'une enclume, on croit voir
Les constellations fuir dans l'ouragan noir
Comme les tourbillons d'étincelles de l'âtre.
C'est l'heure où, gai danseur, minuit rit et folâtre
Sous le loup de satin qu'illuminent ses yeux,
Et c'est l'heure où minuit, brigand mystérieux,
Voilé d'ombre et de pluie et le front dans la bise,
Prend un pauvre marin frissonnant et le brise
Aux rochers monstrueux apparus brusquement.--
Horreur! l'homme dont l'onde éteint le hurlement
Sent fondre et s'enfoncer le bâtiment qui plonge;
Il sent s'ouvrir sous lui l'ombre et l'abîme, et songe
Au vieil anneau de fer du quai plein de soleil!
Ces mornes visions troublent son coeur, pareil
A la nuit. Elle tremble et pleure.
IV
O pauvres femmes
De pêcheurs! c'est affreux de se dire: Mes âmes,
Père, amant, frères, fils, tout ce que j'ai de cher,
C'est là, dans ce chaos! mon coeur, mon sang, ma chair!--
Ciel! être en proie aux flots, c'est être en proie aux bêtes.
Oh! songer que l'eau joue avec toutes ces têtes,
Depuis le mousse enfant jusqu'au mari patron,
Et que le vent hagard, soufflant dans son clairon,
Dénoue au-dessus d'eux sa longue et folle tresse
Et que peut-être ils sont à cette heure en détresse,
Et qu'on ne sait jamais au juste ce qu'ils font,
Et que pour tenir tête à cette mer sans fond,
A tous ces gouffres d'ombre où ne luit nulle étoile,
Ils n'ont qu'un bout de planche avec un bout de toile!
Souci lugubre! on court à travers les galets.
Le flot monte, on lui parle, on crie: Oh! rends-nous-les!
Mais, hélas! que veut-on que dise à la pensée
Toujours sombre la mer toujours bouleversée?
Jeannie est bien plus triste encor. Son homme est seul!
Seul dans cette âpre nuit! seul sous ce noir linceul!
Pas d'aide. Ses enfants sont trop petits.--O mère!
Tu dis: S'ils étaient grands! leur père est seul!--Chimère!
Plus tard, quand ils seront près du père et partis,
Tu diras en pleurant: Oh! s'ils étaient petits!
V
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
Reviews
Reviews
No reviews yet
Be the first to share your thoughts on this work.
Elsewhere in the archive
Join the Discussion
Join the discussion
Sign in to leave a comment or review.
Sign InorCreate an account