Le Petit Chose (Histoire d'un Enfant) — John Shaqi
Le Petit Chose (Histoire d'un Enfant)Daudet, Alphonse
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Le Petit Chose (Histoire d'un Enfant)
Daudet, Alphonse
Autobiographical fiction; Bildungsromans; French fiction -- 19th century; French language -- Readers
Je voulus parler, mais ce diable d’homme ne m’en laissa pas le temps:
“A présent, mon garçon, fais-moi tes adieux… voilà ma classe qui sonne,
et quand j’en sortirai, je ne veux plus te retrouver ici. L’air de cette
Bastille ne te vaut rien.… File vite à Paris, travaille bien, prie le
Bon Dieu, fume des pipes, et tâche d’être un homme. —Tu m’entends, tâche
d’être un homme. —Car vois-tu! mon petit Daniel, tu n’es encore qu’un
enfant, et même j’ai bien peur que tu ne sois un enfant toute ta vie.”
Là-dessus il m’ouvrit les bras avec un sourire divin; mais, moi,
je me jetai à ses genoux en sanglotant. Il me releva et m’embrassa
sur les deux joues.
La cloche sonnait le dernier coup.
— Bon! voilà que je suis en retard, dit-il en rassemblant à la hâte
ses livres et ses cahiers. Comme il allait sortir, il se retourna
encore vers moi:
— J’ai bien un frère à Paris, moi aussi, un brave homme de prêtre, que tu
pourrais aller voir.… Mais, bah! à moitié fou comme tu l’es, tu n’aurais
qu’à oublier son adresse.…—Et, sans en dire davantage, il se mit à
descendre l’escalier à grands pas. Sa soutane flottait derrière lui;
de la main droite il tenait sa calotte, et, sous le bras gauche,
il portait un gros paquet de papiers et de bouquins.… Bon abbé Germane!
Avant de m’en aller, je jetai un dernier regard autour de sa chambre;
je contemplai une dernière fois la grande [95] bibliothèque,
la petite table, le feu à demi éteint, le fauteuil où j’avais tant pleuré,
le lit où j’avais dormi si bien; et, songeant à cette existence
mystérieuse dans laquelle je devinais tant de courage, de bonté cachée,
de dévouement et de résignation, je ne pus m’empêcher de rougir de mes
lâchetés, et je me fis le serment de me rappeler toujours l’abbé Germane.
En attendant, le temps passait.… J’avais ma malle à faire, mes dettes
à payer, ma place à retenir à la diligence.…
Au moment de sortir, j’aperçus sur un coin de la cheminée plusieurs
vieilles pipes toutes noires. Je pris la plus vieille, la plus noire,
la plus courte, et je la mis dans ma poche comme une relique;
puis je descendis.
En bas, la porte du vieux gymnase était encore entr’ouverte.
Je ne pus m’empêcher d’y jeter un regard en passant, et ce que
je vis me fit frissonner.
Je vis la grande salle sombre et froide, l’anneau de fer qui reluisait,
et ma cravate violette, avec son nœud coulant, qui se balançait dans
le courant d’air au-dessus de l’escabeau renversé.
XI
LES CLEFS DE M. VIOT
Comme je sortais du collège à grandes enjambées, encore tout ému de
l’horrible spectacle que je venais d’avoir, la loge du portier s’ouvrit
brusquement, et j’entendis qu’on m’appelait:
[96]
— Monsieur Eyssette! monsieur Eyssette!
C’était le maître du café Barbette et son digne ami M. Cassagne,
l’air effaré, presque insolents.
Le cafetier parla le premier.
— Est-ce vrai que vous partez, monsieur Eyssette?
— Oui, monsieur Barbette, répondis-je tranquillement, je pars
aujourd’hui même.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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