Le Petit Chose (Histoire d'un Enfant)Daudet, Alphonse
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Le Petit Chose (Histoire d'un Enfant)
Daudet, Alphonse
Autobiographical fiction; Bildungsromans; French fiction -- 19th century; French language -- Readers
Le petit Chose est assis au coin de la cheminée. Il est très agité,
il parle beaucoup, il raconte sa vie, ses malheurs et pourquoi il a voulu
en finir. L’abbé l’écoute en souriant; puis, quand l’enfant a bien parlé,
bien pleuré, bien dégonflé son pauvre cœur malade, le brave homme lui
prend les mains et lui dit très tranquillement:
— Tout cela n’est rien, mon garçon, et tu aurais été joliment bête de te
mettre à mort pour si peu. Ton histoire est fort simple: on t’a chassé
du collège,—ce qui, par parenthèse, est un grand bonheur pour toi.…
—eh bien! il faut partir, partir tout de suite, sans attendre tes huit
jours.… Ton voyage, tes dettes, ne t’en inquiète pas! je m’en charge.…
L’argent que tu voulais emprunter à ce coquin, c’est moi qui te le
prêterai. Nous règlerons tout cela demain.… A présent plus un mot! j’ai
besoin de travailler, et tu as besoin de dormir.… Seulement je ne veux
pas que tu retournes dans ton affreux dortoir: tu aurais froid, tu aurais
peur; tu vas te coucher dans mon lit de beaux draps blancs de ce matin!…
Moi, j’écrirai toute la nuit, et si le sommeil me prend, je m’étendrai
sur le canapé.… Bonsoir! ne me parle plus.
[93]
Le petit Chose se couche, il ne résiste pas.… Tout ce qui lui
arrive lui fait l’effet d’un rêve. Que d’événements dans une journée!
Avoir été si près de la mort, et se retrouver au fond d’un bon lit, dans
cette chambre tranquille et tiède!… Comme le petit Chose est bien!…
De temps en temps, en ouvrant les yeux, il voit sous la clarté douce de
l’abat-jour le bon abbé Germane qui, tout en fumant, fait courir sa plume,
à petit bruit, du haut en bas des feuilles blanches….
…Je fus réveillé le lendemain matin par l’abbé qui me frappait sur l’épaule.
J’avais tout oublié en dormant.… Cala fit beaucoup rire mon sauveur.
— Allons! mon garçon, me dit-il, la cloche sonne, dépêche-toi; personne
ne se sera aperçu de rien, va prendre tes élèves comme à l’ordinaire;
pendant la récréation du déjeuner je t’attendrai ici pour causer.
La mémoire me revint tout d’un coup. Je voulais le remercier;
mais positivement le bon abbé me mit à la porte.
Si l’étude me parut longue, je n’ai pas besoin de vous le dire.…
Les élèves n’étaient pas encore dans la cour, que déjà je frappais
chez l’abbé Germane. Je le retrouvai devant son bureau, les tiroirs
grands ouverts, occupé à compter des pièces d’or, qu’il alignait
soigneusement par petits tas.
Au bruit que je fis en rentrant il retourna la tête, puis se remit à son
travail, sans rien me dire; quand il eut fini, il referma ses tiroirs,
et me faisant signe de la main avec un bon sourire:
— Tout ceci est pour toi, me dit-il. J’ai fait ton compte.
Voici pour le voyage, voici pour le portier, voici pour le café
Barbette, [94] voici pour l’élève qui t’a prêté dix francs.… J’avais
mis cet argent de côté pour faire un remplaçant à Cadet; mais Cadet ne
tire au sort que dans six ans, et d’ici là nous nous serons revus.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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