Poems & Ballads (Second Series): Swinburne's Poems Volume III
Swinburne, Algernon Charles
Ballads, English; English poetry
La mer est sombre ou tu naquis, amour,
Pleine des pleurs et des sanglots du monde;
On ne voit plus le gouffre ou nait le jour
Luire et fremir sous ta lueur profonde;
Mais dans les coeurs d'homme ou tu fais sejour
La douleur monte et baisse comme une onde.
ENVOI
Fille de l'onde et mere de l'amour,
Du haut sejour plein de ta paix profonde
Sur ce bas monde epands un peu de jour.
THEOPHILE GAUTIER
Pour mettre une couronne au front d'une chanson,
Il semblait qu'en passant son pied semat des roses,
Et que sa main cueillit comme des fleurs ecloses
Les etoiles au fond du ciel en floraison.
Sa parole de marbre et d'or avait le son
Des clairons de l'ete chassant les jours moroses;
Comme en Thrace Apollon banni des grands cieux roses,
Il regardait du coeur l'Olympe, sa maison.
Le soleil fut pour lui le soleil du vieux monde,
Et son oeil recherchait dans les flots embrases
Le sillon immortel d'ou s'elanca sur l'onde
Venus, que la mer molle enivrait de baisers:
Enfin, dieu ressaisi de sa splendeur premiere,
Il trone, et son sepulcre est bati de lumiere.
ODE
(LE TOMBEAU DE THEOPHILE GAUTIER)
Quelle fleur, o Mort, quel joyau, quel chant,
Quel vent, quel rayon de soleil couchant,
Sur ton front penche, sur ta main avide,
Sur l'apre paleur de ta levre aride,
Vibre encore et luit?
Ton sein est sans lait, ton oreille est vide,
Ton oeil plein de nuit.
Ta bouche est sans souffle et ton front sans ride;
Mais l'eclair voile d'une flamme humide,
Flamme eclose au coeur d'un ciel pluvieux,
Rallume ta levre et remplit tes yeux
De lueurs d'opale;
Ta bouche est vermeille et ton front joyeux,
O toi qui fus pale.
Comme aux jours divins la mere des dieux,
Reine au sein fecond, au corps radieux,
Tu surgis au bord de la tombe amere;
Tu nous apparais, o Mort, vierge et mere,
Effroi des humains,
Le divin laurier sur la tete altiere
Et la lyre aux mains.
Nous reconnaissons, courbes vers la terre,
Que c'est la splendeur de ta face austere
Qui dore la nuit de nos longs malheurs;
Que la vie ailee aux mille couleurs,
Dont tu n'es que l'ame,
Refait par tes mains les pres et les fleurs,
La rose et la femme.
Lune constante! astre ami des douleurs
Qui luis a travers la brume des pleurs!
Quelle flamme au fond de ta clarte molle
Eclate et rougit, nouvelle aureole,
Ton doux front voile?
Quelle etoile, ouvrant ses ailes, s'envole
Du ciel etoile?
Pleurant ce rayon de jour qu'on lui vole,
L'homme execre en vain la Mort triste et folle;
Mais l'astre qui fut a nos yeux si beau,
La-haut, loin d'ici, dans un ciel nouveau
Plein d'autres etoiles,
Se leve, et pour lui la nuit du tombeau
Entr'ouvre ses voiles.
L'ame est dans le corps comme un jeune oiseau
Dont l'aile s'agite au bord du berceau;
La mort, deliant cette aile inquiete,
Quand nous ecoutons la bouche muette
Qui nous dit adieu,
Fait de l'homme infime et sombre un poete,
Du poete un dieu.
IN OBITUM THEOPHILI POETAE
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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