Selections from Saint-SimonSaint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de
History
Selections from Saint-Simon
Saint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de
France -- History -- Louis XIV, 1643-1715
Presque tous les jours, les enfants de France dînoient chez le
maréchal de Boufflers, quelquefois Mme la duchesse de Bourgogne, les
princesses et les dames, mais très souvent des collations. La beauté
et la profusion de la vaisselle pour fournir à tout, et toute marquée
aux armes du maréchal, fut immense et incroyable; ce qui ne le fut pas
moins, l’exactitude des heures et des moments de tout service partout:
rien d’attendu, rien de languissant, pas plus pour les bayeurs du
peuple, et jusqu’à des laquais, que pour les premiers seigneurs, à
toutes heures et à tous venants. A quatre lieues autour de Compiègne,
les villages et les fermes étoient remplis de monde, et François et
étrangers, à ne pouvoir plus contenir personne; et cependant tout se
passa sans désordre. Ce qu’il y avoit de gentilshommes et de valets
de chambre chez le maréchal étoit un monde, tous plus polis et plus
attentifs les uns que les autres à leurs fonctions de retenir tout
ce qui paroissoit, et les faire servir depuis cinq heures du matin
jusqu’à dix et onze heures du soir, sans cesse et à mesure, et à faire
les honneurs, et une livrée prodigieuse avec grand nombre de pages. J’y
reviens malgré moi, parce que quiconque l’a vu ne le peut oublier ni
cesser d’en être dans l’admiration et l’étonnement, et de l’abondance,
et de la somptuosité, et de l’ordre, qui ne se démentit jamais d’un
seul moment ni d’un seul point.
Le Roi voulut montrer des images de tout ce qui se fait à la guerre;
on fit donc le siège de Compiègne dans les formes, mais fort abrégées:
lignes, tranchées, batteries, sapes, etc. Crenan défendoit la place.
Un ancien rempart tournoit du côté de la campagne autour du château;
il étoit de plain-pied à l’appartement du Roi, et par conséquent
élevé, et dominoit toute la campagne. Il y avoit au pied une vieille
muraille et un moulin à vent, un peu au delà de l’appartement du Roi,
sur le rempart, qui n’avoit ni banquette ni mur d’appui. Le samedi
13 septembre fut destiné à l’assaut: le Roi, suivi de toutes les
dames, et par le plus beau temps du monde, alla sur ce rempart; force
courtisans, et tout ce qu’il y avoit d’étrangers considérables. De là,
on découvroit toute la plaine et la disposition de toutes les troupes.
J’étois dans le demi-cercle, fort près du Roi, à trois pas au plus,
et personne devant moi. C’étoit le plus beau coup d’œil qu’on pût
imaginer que toute cette armée, et ce nombre prodigieux de curieux de
toutes conditions, à cheval et à pied, à distance des troupes pour ne
les point embarrasser, et ce jeu des attaquants et des défendants à
découvert, parce que, n’y ayant rien de sérieux que la montre et qu’il
n’y avoit de précaution à prendre pour les uns et les autres que la
justesse des mouvements[150]. Mais un spectacle d’une autre sorte,
et que je peindrois dans quarante ans comme aujourd’hui, tant il me
frappa, fut celui que, du haut de ce rempart, le Roi donna à toute son
armée et à cette innombrable foule d’assistants de tous états, tant
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