Selections from Saint-SimonSaint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de
History
Selections from Saint-Simon
Saint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de
France -- History -- Louis XIV, 1643-1715
Vers le moment de la capitulation, Mme de Maintenon apparemment demanda
permission de s’en aller; le Roi le cria: “Les porteurs de Madame!”
Ils vinrent et l’emportèrent. Moins d’un quart d’heure après, le Roi se
retira, suivi de Mme la duchesse de Bourgogne et de presque tout ce qui
étoit là. Plusieurs se parlèrent des yeux et du coude en se retirant,
et puis à l’oreille bien bas: on ne pouvoit revenir de ce qu’on venoit
de voir. Ce fut le même effet parmi tout ce qui étoit dans la plaine:
jusqu’aux soldats demandoient ce que c’étoit que cette chaise à
porteurs et le Roi à tous moments baissé dedans; il fallut doucement
faire taire les officiers et les questions des troupes. On peut juger
de ce qu’en dirent les étrangers, et de l’effet que fit sur eux un tel
spectacle. Il fit du bruit par toute l’Europe, et y fut aussi répandu
que le camp même de Compiègne avec toute sa pompe et sa prodigieuse
splendeur. Du reste, Mme de Maintenon se produisit fort peu au camp,
et toujours dans son carrosse avec trois ou quatre familières, et alla
voir une fois ou deux le maréchal de Boufflers et les merveilles du
prodige de sa magnificence.
Le dernier grand acte de cette scène fut l’image d’une bataille entre
la première et la seconde ligne entières, l’une contre l’autre. M.
Rosen[152], le premier des lieutenants généraux du camp, la commanda
ce jour-là contre le maréchal de Boufflers, auprès duquel étoit Mgr
le duc de Bourgogne comme le général. Le Roi, Mme la duchesse de
Bourgogne, les princes, les dames, toute la cour et un monde de curieux
assistèrent à ce spectacle, le Roi et tous les hommes à cheval, les
dames en carrosse. L’exécution en fut parfaite en toutes ses parties
et dura longtemps. Mais quand ce fut à la seconde ligne à ployer et à
faire retraite, Rosen ne s’y pouvoit résoudre, et c’est ce qui allongea
fort l’action. M. de Boufflers lui manda plusieurs fois, de la part de
Mgr le duc de Bourgogne, qu’il étoit temps. Rosen entroit en colère,
et n’obéissoit point. Le Roi en rit fort, qui avoit tout réglé, et
qui voyoit aller et venir les aides de camp et la longueur de tout ce
manège, et dit: “Rosen n’aime point à faire le personnage de battu.”
A la fin il lui manda lui-même de finir et de se retirer. Rosen obéit,
mais fort mal volontiers, et brusqua un peu le porteur d’ordre. Ce fut
la conversation du retour et de tout le soir.
[152] Conrad, Marquis de Rosen, “un grand homme sec, qui sentoit
son reître, et qui auroit fait peur du coin d’un bois” (III. 381).
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