Selections from Saint-SimonSaint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de
History
Selections from Saint-Simon
Saint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de
France -- History -- Louis XIV, 1643-1715
Il se trouva plus mal vers quatre heures après midi, pendant le conseil
des dépêches: tellement que Boudin proposa à Fagon d’envoyer querir du
conseil, lui représenta qu’eux, médecins de la cour, qui ne voyoient
jamais aucune maladie de venin, n’en pouvoient avoir d’expérience, et
le pressa de mander promptement des médecins de Paris; mais Fagon
se mit en colère, ne se paya d’aucunes raisons, s’opiniâtra au refus
d’appeler personne, à dire qu’il étoit inutile de se commettre à des
disputes et à des contrariétés, soutint qu’ils feroient aussi bien et
mieux que tout le secours qu’ils pourroient faire venir, voulut enfin
tenir secret l’état de Monseigneur, quoique il empirât d’heure en
heure, et que sur les sept heures du soir quelques valets et quelques
courtisans même commençassent à s’en apercevoir; mais tout en ce genre
trembloit sous Fagon: il étoit là, et personne n’osoit ouvrir la
bouche pour avertir le Roi ni Mme de Maintenon. Madame la Duchesse et
Mme la princesse de Conti, dans la même impuissance, cherchoient à se
rassurer. Le rare fut qu’on voulut laisser mettre le Roi à table pour
souper, avant d’effrayer par de grands remèdes, et laisser achever son
souper sans l’interrompre et sans l’avertir de rien, qui, sur la foi de
Fagon et le silence public, croyoit Monseigneur en bon état, quoique il
l’eût trouvé enflé et changé dans l’après-dînée, et qu’il en eût été
fort peiné.
Pendant que le Roi soupoit ainsi tranquillement, la tête commença à
tourner à ceux qui étoient dans la chambre de Monseigneur. Fagon et
les autres entassèrent remèdes sur remèdes, sans en attendre l’effet.
Le curé, qui tous les soirs avant de se retirer chez lui alloit savoir
des nouvelles, trouva, contre l’ordinaire, toutes les portes ouvertes,
et les valets éperdus. Il entra dans la chambre, où voyant de quoi il
n’étoit que trop tardivement question, il courut au lit, prit la main
de Monseigneur, lui parla de Dieu, et le voyant plein de connoissance,
mais presque hors d’état de parler, il en tira ce qu’il put pour une
confession, dont qui que ce soit ne s’étoit avisé, lui suggéra des
actes de contrition. Le pauvre prince en répéta distinctement quelques
mots, confusément les autres, se frappa la poitrine, serra la main au
curé, parut pénétré des meilleurs sentiments, et reçut d’un air contrit
et desireux l’absolution du curé.
Cependant le Roi sortoit de table, et pensa tomber à la renverse
lorsque Fagon, se présentant à lui, lui cria tout troublé, que tout
étoit perdu. On peut juger quelle horreur saisit tout le monde en ce
passage si subit d’une sécurité entière à la plus désespérée extrémité.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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