Selections from Saint-SimonSaint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de
History
Selections from Saint-Simon
Saint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de
France -- History -- Louis XIV, 1643-1715
M. de Montausier et Monsieur de Meaux, qui l’avoient vu élever auprès
de Monseigneur, l’avoient toujours aimé avec tendresse, et lui eux
avec confiance; il étoit de même avec les ducs de Chevreuse et de
Beauvillier, et avec l’archevêque de Cambray[214] et les cardinaux
d’Estrées[215] et de Janson[216]. Monsieur le Prince le héros ne se
cachoit pas d’une prédilection pour lui au-dessus de ses enfants; il
fut la consolation de ses dernières années, il s’instruisit dans son
exil et sa retraite auprès de lui, il écrivit sous lui beaucoup de
choses curieuses. Il fut le cœur et le confident de M. de Luxembourg
dans ses dernières années.
[214] Fénelon.
[215] His portrait is given below.
[216] Toussaint de Forbin, Cardinal de Janson, Bishop of Beauvais
and Grand Almoner, was a particular friend of Saint-Simon’s, and
his death in 1709 is the occasion for a noble portrait of him
(III. 9-12): “Il étoit plein d’honneur et de vertu, il avoit un
grand amour de ses devoirs et de sa piété.... Il avoit l’âme
et toutes les manières d’un grand seigneur, doux et modeste,
l’esprit d’un grand ministre né pour les affaires, le cœur d’un
excellent évêque, point cardinal, au-dessus de sa dignité, tout
françois sur nos libertés et nos maximes du royaume sur les
entreprises de Rome.”
Chez lui l’utile et le futile, l’agréable et le savant, tout étoit
distinct et en sa place. Il avoit des amis: il savoit les choisir,
les cultiver, les visiter, vivre avec eux, se mettre à leur niveau
sans hauteur et sans bassesse. Il avoit aussi des amies indépendamment
d’amour; il en fut accusé de plus d’une sorte, et c’étoit un de ses
prétendus rapports avec César. Doux jusqu’à être complaisant dans le
commerce, extrêmement poli, mais d’une politesse distinguée selon le
rang, l’âge, le mérite, et mesuré avec tous, il ne déroboit rien à
personne; il rendoit tout ce que les princes du sang doivent, et qu’ils
ne rendent plus; il s’en expliquoit même et sur leurs usurpations et
sur l’histoire des usages et de leurs altérations. L’histoire des
livres et des conversations lui fournissoit de quoi placer, avec un art
imperceptible, ce qu’il pouvoit de plus obligeant sur la naissance,
les emplois, les actions. Son esprit étoit naturel, brillant, vif, ses
reparties promptes, plaisantes, jamais blessantes, le gracieux répandu
partout, sans affectation; avec toute la futilité du monde, de la cour,
des femmes, et leur langage avec elles, l’esprit solide et infiniment
sensé; il en donnoit à tout le monde, il se mettoit sans cesse et
merveilleusement à la portée et au niveau de tous, et parloit le
langage de chacun avec une facilité nonpareille. Tout en lui prenoit un
air aisé. Il avoit la valeur des héros, leur maintien à la guerre, leur
simplicité partout, qui toutefois cachoit beaucoup d’art. Les marques
de leurs talents pourroient passer pour le dernier coup de pinceau de
son portrait; mais, comme tous les hommes, il avoit sa contre-partie.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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