Selections from Saint-SimonSaint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de
History
Selections from Saint-Simon
Saint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de
France -- History -- Louis XIV, 1643-1715
Il ne pouvoit ouïr parler de ses affaires domestiques. Pressé et
tourmenté par son intendant et son maître d’hôtel de voir enfin ses
comptes, qu’il n’avoit point vus depuis grand nombre d’années, il leur
donna un jour. Ils exigèrent qu’il fermeroit sa porte pour n’être
pas interrompus; il y consentit avec peine, puis se ravisa, et leur
dit que, pour le cardinal Bonsy[232] au moins, qui étoit à Paris,
son ami et son confrère, il ne pouvoit s’empêcher de le voir, mais
que ce seroit merveilles si ce seul homme, qu’il ne pouvoit refuser,
venoit précisément ce jour-là. Tout de suite il envoya un domestique
affidé au cardinal Bonsy, le prier avec instance de venir chez lui un
tel jour entre trois et quatre heures, qu’il le conjuroit de n’y pas
manquer, et qu’il lui en diroit la raison, mais, sur toutes choses,
qu’il parût venir de lui-même. Il fit monter son suisse dès le matin
du jour donné, à qui il défendit de laisser entrer qui que ce fût de
toute l’après-dînée, excepté le seul cardinal Bonsy, qui sûrement ne
viendrait pas; mais, s’il s’en avisoit, de ne le pas renvoyer. Ses
gens, ravis d’avoir à le tenir toute la journée sur ses affaires sans
y être interrompus, arrivent sur les trois heures; le cardinal laisse
sa famille et le peu de gens qui pour ce jour-là avoient dîné chez
lui, et passe dans un cabinet où ses gens d’affaires étalèrent leurs
papiers. Il leur disoit mille choses ineptes sur sa dépense, où il
n’entendoit rien, et regardoit sans cesse vers la fenêtre, sans en
faire semblant, soupirant en secret après une prompte délivrance. Un
peu avant quatre heures, arrive un carrosse dans la cour; ses gens
d’affaires se fâchent contre le suisse, et crient qu’il n’y aura donc
pas moyen de travailler. Le cardinal ravi s’excuse sur les ordres
qu’il a donnés. “Vous verrez, ajouta-t-il, que ce sera ce cardinal
Bonsy, le seul homme que j’aie excepté, et qui tout juste s’avise de
venir aujourd’hui.” Tout aussitôt on le lui annonce; lui à hausser
les épaules, mais à faire ôter les papiers et la table, et les gens
d’affaires à s’en aller en pestant. Dès qu’il fut seul avec Bonsy, il
lui conta pourquoi il lui avoit demandé cette visite, et à en bien rire
tous deux. Oncques depuis ses gens d’affaires ne l’y rattrapèrent, et,
de sa vie, n’en voulut ouïr parler.
[232] For a charming portrait of this Cardinal see III. 426-429.
He was Archbishop of Narbonne and grand almoner to the Queen. He
died in 1703. The Marquis de Castries (see above, p. 142) was
his nephew.
Il falloit bien qu’ils fussent honnêtes gens et entendus: sa table
étoit tous les jours magnifique, et remplie à Paris et à la cour
de la meilleure compagnie; ses équipages l’étoient aussi; il avoit
un nombreux domestique, beaucoup de gentilshommes, d’aumôniers, de
secrétaires; il donnoit beaucoup aux pauvres, à pleines mains à son
frère le maréchal et à ses enfants, qui lors n’étoient pas à leur aise,
et il mourut sans devoir un seul écu à qui que ce fût.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
Reviews
Reviews
No reviews yet
Be the first to share your thoughts on this work.
Elsewhere in the archive
Join the Discussion
Join the discussion
Sign in to leave a comment or review.
Sign InorCreate an account