Selections from Saint-SimonSaint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de
History
Selections from Saint-Simon
Saint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de
France -- History -- Louis XIV, 1643-1715
Les jansénistes étoient en paix profonde dans le diocèse de Cambray,
et il y en avoit grand nombre; ils s’y taisoient, et l’archevêque
aussi à leur égard. Il auroit été à desirer pour lui qu’il eût laissé
ceux de dehors dans le même repos; mais il tenoit trop intimement aux
jésuites, et il espéroit trop d’eux, pour ne leur pas donner ce qui
ne troubloit pas le sien. Il étoit aussi trop attentif à son petit
troupeau choisi, dont il étoit le cœur, l’âme, la vie et l’oracle, pour
ne lui pas donner de temps en temps la pâture de quelques ouvrages
qui couroient entre leurs mains avec la dernière avidité, et dont les
éloges retentissoient. Il fut rudement réfuté par les jansénistes,
et il est vrai de plus que le silence en matière de doctrine auroit
convenu à l’auteur si solennellement condamné du livre des _Maximes des
saints_[237]; mais l’ambition n’étoit rien moins que morte; les coups
qu’il recevoit des réponses des jansénistes lui devenoient de nouveaux
mérites auprès de ses amis, et de nouvelles raisons aux jésuites de
tout faire et de tout entreprendre pour lui procurer le rang et les
places d’autorité dans l’Église et dans l’État. A mesure que les temps
orageux s’éloignoient, que ceux de son Dauphin s’approchoient, cette
ambition se réveilloit fortement, quoique cachée sous une mesure qui
certainement lui devoit coûter. Le célèbre Bossuet, évêque de Meaux,
n’étoit plus, ni Godet, évêque de Chartres[238]; la Constitution avoit
perdu le cardinal de Noailles[239]; le P. Tellier[240] étoit devenu
tout-puissant. Ce confesseur du Roi étoit totalement à lui ainsi que
l’élixir du gouvernement des jésuites, et la Société entière faisoit
profession de lui être attachée depuis la mort du P. Bourdaloue[241],
du P. Gaillard et de quelques autres principaux qui lui étoient
opposés, qui en retenoient d’autres, et que la politique des supérieurs
laissoit agir, pour ne pas choquer le Roi ni Mme de Maintenon contre
tout le corps; mais ces temps étoient passés, et tout ce formidable
corps lui étoit enfin réuni. Le Roi, en deux ou trois occasions depuis
peu, n’avoit pu s’empêcher de le louer. Il avoit ouvert ses greniers
aux troupes dans un temps de cherté et où les munitionnaires étoient
à bout, et il s’étoit bien gardé d’en rien recevoir, quoique il en
eût tiré de grosses sommes en le vendant à l’ordinaire. On peut juger
que ce service ne demeura pas enfoui, et ce fut aussi ce qui fit
hasarder pour la première fois de nommer son nom au Roi. Le duc de
Chevreuse avoit enfin osé l’aller voir, et le recevoir une autre fois
à Chaulnes[242], et on peut juger que ce ne fut pas sans s’être assuré
que le Roi le trouvoit bon.
[237] _Les Maximes des saints_ was published in 1697 and was
condemned by the Court of Rome in 1699.
[238] See above, p. 46, n. 88.
[239] See above, p. 45, n. 84.
[240] See above, p. 111, n. 168.
[241] 1704.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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