Selections from Saint-SimonSaint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de
History
Selections from Saint-Simon
Saint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de
France -- History -- Louis XIV, 1643-1715
Si on lui faisoit attendre quelque chose à son habiller, c’étoit
toujours avec patience. Exact aux heures qu’il donnoit pour toute sa
journée; une précision nette et courte dans ses ordres. Si dans les
vilains temps d’hiver qu’il ne pouvoit aller dehors, qu’il passât chez
Mme de Maintenon un quart d’heure plus tôt qu’il n’en avoit donné
l’ordre, ce qui ne lui arrivoit guères, et que le capitaine des gardes
en quartier ne s’y trouvât pas, il ne manquoit point de lui dire après
que c’étoit sa faute à lui d’avoir prévenu l’heure, non celle du
capitaine des gardes de l’avoir manqué. Aussi, avec cette règle qui ne
manquoit jamais, étoit-il servi avec la dernière exactitude, et elle
étoit d’une commodité infinie pour les courtisans[64].
[64] Avec un almanach et une montre, on pouvait à cent lieues
de lui dire à justesse ce qu’il faisoit. Il vouloit une grande
exactitude dans son service; mais il y étoit exact le premier
(_Parallèle des trois premiers rois Bourbon_). And cp. Primi
Visconti, _Mém._ pp. 31-33.
Il traitoit bien ses valets, surtout les intérieurs. C’étoit parmi eux
qu’il se sentoit le plus à son aise, et qu’il se communiquoit le plus
familièrement, surtout aux principaux. Leur amitié et leur aversion
a souvent eu de grands effets. Ils étoient sans cesse à portée de
rendre de bons et de mauvais offices; aussi faisoient-ils souvenir de
ces puissants affranchis des empereurs romains, à qui le sénat et les
grands de l’empire faisoient leur cour, et ployoient sous eux avec
bassesse. Ceux-ci, dans tout ce règne, ne furent ni moins comptés ni
moins courtisés. Les ministres même les plus puissants les ménageoient
ouvertement, et les princes du sang, jusqu’aux bâtards, sans parler de
tout ce qui est inférieur, en usoient de même. Les charges des premiers
gentilshommes de la chambre furent plus qu’obscurcies par les premiers
valets de chambre, et les grandes charges ne se soutinrent que dans
la mesure que les valets de leur dépendance ou les petits officiers
très subalternes approchoient nécessairement plus ou moins du Roi.
L’insolence aussi étoit grande dans la plupart d’eux, et telle qu’il
falloit savoir l’éviter, ou la supporter avec patience.
Le Roi les soutenoit tous, et il racontoit quelquefois avec
complaisance que, ayant dans sa jeunesse envoyé, pour je ne sais quoi,
une lettre au duc de Montbazon[65], gouverneur de Paris, qui étoit
en une de ses maisons de campagne près de cette ville, par un de ses
valets de pied, il y arriva comme M. de Montbazon alloit se mettre à
table, qu’il avoit forcé ce valet de pied de s’y mettre avec lui, et le
conduisit, lorsqu’il le renvoya, jusque dans la cour, parce qu’il étoit
venu de la part du Roi.
[65] Hercule de Rohan, Duc de Montbazon (1568-1654), father of
the celebrated Duchesse de Chevreuse.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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