Selections from Saint-SimonSaint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de
History
Selections from Saint-Simon
Saint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de
France -- History -- Louis XIV, 1643-1715
Pendant le travail, Mme de Maintenon lisoit ou travailloit en
tapisserie. Elle entendoit tout ce qui se passoit entre le Roi et le
ministre, qui parloient tout haut. Rarement elle y mêloit son mot,
plus rarement ce mot étoit de quelque conséquence. Souvent le Roi lui
demandoit son avis; alors elle répondoit avec de grandes mesures[98].
Jamais, ou comme jamais, elle ne paroissoit affectionner rien, et moins
encore s’intéresser pour personne; mais elle étoit d’accord avec le
ministre, qui n’osoit en particulier ne pas convenir de ce qu’elle
vouloit, ni encore moins broncher en sa présence. Dès qu’il s’agissoit
donc de quelque grâce ou de quelque emploi, la chose étoit arrêtée
entre eux avant le travail où la décision s’en devoit faire, et c’est
ce qui la retardoit quelquefois, sans que le Roi ni personne en sût la
cause.
[98] The extent of Mme de Maintenon’s influence on the government
has been much discussed. See A. de Boislisle’s note on this
passage (XXVII. 254, n. 5), and Lavisse, _Hist. de France_, VIII.
Pt I. 282-5, 431-6. The opinion of both these authorities is that
Saint-Simon’s account of her share in affairs is not exaggerated.
She was certainly much concerned with Spanish politics, she
corresponded regularly with Villars during all his campaigns from
1703, and she took a large part in all religious questions.
Elle mandoit au ministre qu’elle vouloit lui parler auparavant. Il
n’osoit mettre la chose sur le tapis qu’il n’eût reçu ses ordres, et
que la mécanique roulante des jours et des temps leur eût donné le
loisir de s’entendre. Cela fait, le ministre proposoit et montroit une
liste. Si de hasard le Roi s’arrêtoit à celui que Mme de Maintenon
vouloit, le ministre s’en tenoit là, et faisoit en sorte de n’aller pas
plus loin. Si le Roi s’arrêtoit à quelque autre, le ministre proposoit
de voir ceux qui étoient aussi à portée, laissoit après dire le Roi,
et en profitoit pour exclure. Rarement proposoit-il expressément celui
à qui il en vouloit venir, mais toujours plusieurs, qu’il tâchoit
de balancer également pour embarrasser le Roi sur le choix. Alors
le Roi lui demandoit son avis, il parcourait encore les raisons de
quelques-uns, et appuyoit enfin sur celui qu’il vouloit. Le Roi presque
toujours balançoit, et demandoit à Mme de Maintenon ce qu’il lui en
sembloit. Elle sourioit, faisoit l’incapable, disoit quelquefois un
mot de quelque autre, puis revenoit, si elle ne s’y étoit pas tenue
d’abord, sur celui que le ministre avoit appuyé, et déterminoit;
tellement que les trois quarts des grâces et des choix, et les trois
quarts encore du quatrième quart de ce qui passoit par le travail des
ministres chez elle, c’étoit elle qui en disposoit. Quelquefois aussi,
quand elle n’affectionnoit personne, c’étoit le ministre même, avec
son agrément et son concours, sans que le Roi en eût aucun soupçon. Il
croyoit disposer de tout et seul, tandis qu’il ne disposoit, en effet,
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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