Selections from Saint-SimonSaint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de
History
Selections from Saint-Simon
Saint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de
France -- History -- Louis XIV, 1643-1715
Mais, si Mme de Maintenon ne pouvoit rien, ou presque rien, sans eux,
de ce qui passoit par eux, eux aussi ne pouvoient se maintenir sans
elle, beaucoup moins malgré elle. Dès qu’elle se voyoit à bout de les
pouvoir ramener à son point quand ils s’en étoient écartés, ou qu’ils
étoient tombés en disgrâce auprès d’elle, leur perte étoit jurée;
elle ne les manquoit pas. Il lui falloit du temps, des couleurs,
des souplesses, quelquefois beaucoup, comme lorsqu’elle perdit
Chamillart[99]. Louvois y avoit succombé avant lui. Pontchartrain[100]
ne s’en sauva qu’à l’aide de son esprit, qui plaisoit au Roi, et des
épines des finances pendant la guerre, et du sens et de l’adresse de sa
femme demeurée longtemps bien avec Mme de Maintenon, depuis même qu’il
y fut mal, enfin par la porte dorée de la chancellerie, qui s’ouvrit
bien à propos pour lui. Le duc de Beauvillier y pensa faire naufrage
par deux fois à longue distance l’une de l’autre, et n’en auroit pas
échappé sans deux espèces de miracles, comme on l’a vu ici en son temps.
[99] Michel de Chamillart succeeded Pontchartrain as
Controller-general in 1699, and on the death of Barbezieux
in 1701 was appointed Secretary of State for War. He was
conciliatory, industrious, and honest, but his lack of
intelligence and his obstinacy made him a thoroughly incompetent
minister. He was dismissed in 1709. See II. 420-421, VI. 439.
[100] Louis Phélypeaux, grandson of a Secretary of State under
Louis XIII, was appointed Controller-general in 1689 and
Chancellor ten years later. See II. 226.
Si les ministres, et les plus accrédités, en étoient là avec Mme de
Maintenon, on peut juger de ce qu’elle pouvoit à l’égard de toutes les
autres sortes de personnes bien moins à portée de se défendre, et même
de s’apercevoir. Bien des gens eurent donc le cou rompu sans en avoir
pu imaginer la cause, et se donnèrent bien des sortes de mouvements
pour la découvrir, et pour y remédier, et très inutilement.
Le court et rare travail des généraux d’armée se passoit ordinairement
les soirs en sa présence et du secrétaire d’État de la guerre. Par
celui de Pontchartrain, rempli du rapport des espionnages et des
histoires de toute espèce de Paris et de la cour, elle étoit à portée
de faire beaucoup de bien et de mal. Torcy[101] ne travailloit point
chez elle, et ne la voyoit comme jamais. Aussi ne l’aimoit-elle
point, et moins encore sa femme, dont le nom d’Arnauld gâtoit tout
leur mérite. Torcy avoit les postes; c’étoit par lui que le secret en
passoit au Roi tête à tête, et le Roi souvent en portoit des morceaux
à lire à Mme de Maintenon; mais cela n’avoit point de suite; elle n’en
savoit que par lambeaux, selon ce que le Roi s’avisoit de lui en dire
ou de lui en porter.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
Reviews
Reviews
No reviews yet
Be the first to share your thoughts on this work.
Elsewhere in the archive
Join the Discussion
Join the discussion
Sign in to leave a comment or review.
Sign InorCreate an account