Selections from Saint-SimonSaint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de
History
Selections from Saint-Simon
Saint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de
France -- History -- Louis XIV, 1643-1715
Dans ce carrosse, lors des voyages, il y avoit toujours beaucoup de
toutes sortes de choses à manger: viandes, pâtisseries, fruits. On
n’avoit pas sitôt fait un quart de lieue que le Roi demandoit si on ne
vouloit pas manger. Lui jamais ne goûtoit à rien entre ses repas, non
pas même à aucun fruit, mais il s’amusoit à voir manger, et manger à
crever. Il falloit avoir faim, être gaies, et manger avec appétit et de
bonne grâce, autrement il ne le trouvoit pas bon, et le montroit même
aigrement: on faisoit la mignonne, on vouloit faire la délicate, être
du bel air; et cela n’empêchoit pas que les mêmes dames ou princesses
qui soupoient avec d’autres à sa table le même jour, ne fussent
obligées, sous les mêmes peines, d’y faire aussi bonne contenance que
si elles n’avoient mangé de la journée. Avec cela, d’aucuns besoins
il n’en falloit point parler, outre que pour des femmes ils auraient
été très embarrassants avec les détachements de la maison du Roi, et
les gardes du corps devant et derrière le carrosse, et les officiers
et les écuyers aux portières, qui faisoient une poussière qui dévorait
tout ce qui étoit dans le carrosse. Le Roi, qui aimoit l’air, en
vouloit toutes les glaces baissées, et auroit trouvé fort mauvais que
quelque dame eût tiré le rideau contre le soleil, le vent ou le froid.
Il ne falloit seulement pas s’en apercevoir, ni d’aucune autre sorte
d’incommodité, et alloit toujours extrêmement vite, avec des relais le
plus ordinairement. Se trouver mal étoit un démérite à n’y plus revenir.
Mme de Maintenon, qui craignoit fort l’air et bien d’autres
incommodités, ne put gagner là-dessus aucun privilège. Tout ce qu’elle
obtint, sous prétexte de modestie et d’autres raisons, fut de voyager à
part, de la manière que je l’ai rapporté; mais en quelque état qu’elle
fût, il falloit marcher, et suivre à point nommé, et se trouver arrivée
et rangée avant que le Roi entrât chez elle. Elle fit bien des voyages
à Marly, dans un état à ne pas faire marcher une servante; elle en
fit un à Fontainebleau qu’on ne savoit pas véritablement si elle ne
mourrait pas en chemin. En quelque état qu’elle fût, le Roi alloit chez
elle à son heure ordinaire, et y faisoit ce qu’il avoit projeté; tout
au plus elle étoit dans son lit. Plusieurs fois, y suant la fièvre à
grosses gouttes, le Roi, qui, comme on l’a dit, aimoit l’air, et qui
craignoit le chaud dans les chambres, s’étonnoit en arrivant de trouver
tout fermé, et faisoit ouvrir les fenêtres, et n’en rabattoit rien,
quoique il la vît dans cet état, et jusqu’à dix heures qu’il s’en
alloit souper, et sans considération pour la fraîcheur de la nuit. S’il
devoit y avoir musique, la fièvre, le mal de tête n’empêchoit rien, et
cent bougies dans les yeux. Ainsi le Roi alloit toujours son train,
sans lui demander jamais si elle n’en étoit point incommodée.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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