Selections from Saint-SimonSaint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de
History
Selections from Saint-Simon
Saint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de
France -- History -- Louis XIV, 1643-1715
On l’a dit, Mme de Maintenon étoit particulière en public; hors de
ses yeux, reine, quelquefois même sous ses yeux, comme à l’attaque de
Compiègne dont il [a] été parlé ici en son temps, et aux promenades
de Marly, quand par complaisance elle en faisoit quelqu’une où le
Roi vouloit lui montrer quelque chose de nouvellement achevé. Je me
trouve, je l’avoue, entre la crainte de quelques redites et celle de
ne pas expliquer assez en détail des curiosités que nous regrettons
dans toutes les Histoires, et dans presque tous les Mémoires des
divers temps. On voudroit y voir les princes, avec leurs maîtresses
et leurs ministres, dans leur vie journalière. Outre une curiosité si
raisonnable, on en connoîtroit bien mieux les mœurs du temps et le
génie des monarques, celui de leurs maîtresses et de leurs ministres,
de leurs favoris, de ceux qui les ont le plus approchés, et les
adresses qui ont été employées pour les gouverner ou pour arriver aux
divers buts qu’on s’est proposés. Si ces choses doivent passer pour
curieuses, et même pour instructives dans tous les règnes, à plus
forte raison d’un règne aussi long et aussi rempli que l’a été celui de
Louis XIV, et d’un personnage unique dans la monarchie depuis qu’elle
est connue, qui a, trente-deux ans durant, revêtu ceux de confidente,
de maîtresse, d’épouse, de ministre, et de toute-puissante, après avoir
été si longuement néant, et comme on dit, avoir si longtemps et si
publiquement rôti le balai. C’est ce qui m’enhardit sur l’inconvénient
des redites. Tout bien considéré, j’estime qu’il vaut mieux hasarder
qu’il m’en échappe quelqu’une que ne pas mettre sous les yeux un tout
ensemble si intéressant. Revenons donc un moment sur nos pas.
Reine dans le particulier, Mme de Maintenon n’étoit jamais que dans un
fauteuil, et dans le lieu le plus commode de sa chambre, devant le Roi,
devant toute la famille royale, même devant la reine d’Angleterre. Elle
se levoit tout au plus pour Monseigneur et pour Monsieur, parce qu’ils
alloient rarement chez elle; M. le duc d’Orléans, ni aucun prince du
sang, jamais que par audiences, et comme jamais; mais Monseigneur,
Messeigneurs ses fils, Monsieur et M. le duc de Chartres[104], toujours
en partant pour l’armée, et le soir même qu’ils en arrivoient, ou, s’il
étoit trop tard, de bonne heure le lendemain. Pour aucun autre fils de
France, leurs épouses, ou les bâtardes du Roi, elle ne se levoit point,
ni pour personne, sinon un peu pour les personnes ordinaires avec qui
elle n’avoit point de familiarité, et qui en obtenoient des audiences;
car modeste et polie, elle l’a toujours affecté à ces égards-là.
[104] Monseigneur is the Dauphin, and Monsieur the king’s
brother. The latter’s son, the Duc d’Orléans, afterwards Régent,
had the title of Duc de Chartres till his father’s death in 1701.
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