Selections from Saint-SimonSaint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de
History
Selections from Saint-Simon
Saint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de
France -- History -- Louis XIV, 1643-1715
A huit heures, le premier valet de chambre en quartier, qui avoit
couché seul dans la chambre du Roi, et qui s’étoit habillé,
l’éveilloit. Le premier médecin, le premier chirurgien, et sa nourrice
tant qu’elle a vécu, entroient en même temps. Elle alloit le baiser,
les autres le frottoient, et souvent lui changeoient de chemise, parce
qu’il étoit sujet à suer. Au quart, on appeloit le grand chambellan,
en son absence le premier gentilhomme de la chambre d’année, avec
eux les grandes entrées. L’un de ces deux ouvroit le rideau qui
étoit refermé, et présentoit l’eau bénite du bénitier du chevet du
lit. Ces Messieurs étoient là un moment, et c’en étoit un de parler
au Roi s’ils avoient quelque chose à lui dire ou à lui demander, et
alors les autres s’éloignoient; quand aucun d’eux n’avoit à parler,
comme d’ordinaire, ils n’étoient là que quelques moments. Celui qui
avoit ouvert le rideau et présenté l’eau bénite présentoit le livre
de l’office du Saint-Esprit, puis passoient tous dans le cabinet du
Conseil. Cet office fort court dit, le Roi appeloit; ils rentroient. Le
même lui donnoit sa robe de chambre, et ce pendant les secondes entrées
ou brevets d’affaires entroient; peu de moments après, la chambre;
aussitôt, ce qui étoit là de distingué, puis tout le monde, qui
trouvoit le Roi se chaussant; car il se faisoit presque tout lui-même,
avec adresse et grâce. On lui voyoit faire la barbe de deux jours l’un,
et il avoit une petite perruque courte, sans jamais en aucun temps,
même au lit, les jours de médecine, paroître autrement en public.
Souvent il parloit de chasse, et quelquefois quelque mot à quelqu’un.
Point de toilette à portée de lui; on lui tenoit seulement un miroir.
Dès qu’il étoit habillé, il alloit prier Dieu à la ruelle de son lit,
où tout ce qu’il y avoit de clergé se mettoit à genoux, les cardinaux
sans carreau; tous les laïques demeuroient debout, et le capitaine des
gardes venoit au balustre pendant la prière, d’où le Roi passoit dans
son cabinet.
Il y trouvoit ou y étoit suivi de tout ce qui avoit cette entrée, qui
étoit fort étendue par les charges, qui l’avoient toutes. Il y donnoit
l’ordre à chacun pour la journée; ainsi on savoit, à un demi-quart
d’heure près, tout ce que le Roi devoit faire. Tout ce monde sortoit
ensuite. Il ne demeuroit que les bâtards, MM. de Montchevreuil[111] et
d’O[112], comme ayant été leurs gouverneurs, Mansart[113], et après
lui d’Antin[114], qui tous entroient, non par la chambre mais par les
derrières, et les valets intérieurs. C’étoit là leur bon temps aux uns
et aux autres, et celui de raisonner sur les plans des jardins et des
bâtiments, et cela duroit plus ou moins, selon que le Roi avoit affaire.
[111] See above, p. 43, n. 74.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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